Séquence de lecture intégrale : Inconnu à cette adresse, Kressman Taylor, 1938 , traduction de Michèle Lévy-Bram, Editions Autrement, 2001
Séquence proposée par Nathalie Ferrand, L.P. Sainte-Marie du Port, Olonne-sur-Mer.
Lecture "plurielle" : lecture individuelle, travail de réflexion sur le texte réparti entre trois groupes et restitué collectivement sous la forme d'exposés.
Trois axes de lecture :
Le contexte politique de l'Allemagne entre 1932 et 1934.
L'action
L'écriture
Correspondance entre les numéros utilisés dans l'exposé et les pages du livre.
Lettre n°
Page Expédit. Lettre n°
Page Expédit 1 7 Max 11 39 Max 2 11 Martin 12 41 Martin 3 15 Max 13
CABLOGRAMME43 non paginée Max 4 19 Martin 14 45 non paginée Max 5 23 Max 15 47 Max 6 25 Martin 16 49 non paginée Max 7 29 Max 17 51 Martin 8 31 Martin 18 53 Max 9 35 Max 19 55 non paginée Max 10 37 Max 20
ENVELOPPE57 non paginée Max
Le contexte politique de l'Allemagne
entre 1932 et 1934.
Consignes
| 1 - Quelles informations le roman donne-t-il sur l'accession au pouvoir
d'Hitler ? 2 - Quels éléments de l'idéologie nazie peut-on identifier ? |
Eléments de correction / synthèse
| La correspondance renseigne sur l'évolution de la situation politique en
Allemagne entre 1932 et 1934. Dans la lettre 4, Martin évoque l'accession d'Hitler au pouvoir et le fait qu'Hindenburg l'ait nommé chef du gouvernement. Dans les lettres 5, 7 et 11, Max informe Martin de ce qu'il sait des persécutions commises contre les Juifs en Allemagne : "un terrible pogrom", "les flagellations", "les exactions", "la censure, les persécutions", "les bibliothèques incendiées", l'agression du public, apprenant qu'elle est juive, contre Griselle. Dans la lettre 12, Martin raconte comment les S.A. ont poursuivi Griselle et l'ont abattue. Dans la lettre 4, Martin évoque les effets de la propagande du parti national-socialiste d'Hitler : la confiance du peuple allemand envers le "Guide", en qui il fonde tous ses espoirs pour sortir l'Allemagne de "la honte", "la misère". Dans la lettre 6, Martin, converti au régime nazi, exprime clairement son adhésion à l'idéologie nazie : l'interdiction de correspondre avec un Juif (censure), l'antisémitisme ("la race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge", "le Juif est le bouc-émisaire universel"), le désir de laver l'Allemagne du poids du passé pour fonder la Grande Allemagne ("un si grand peuple ne pouvait pas rester éternellement sous le joug du monde", "nous nous redressons, conscients de notre pouvoir"). Il fait allusion aussi à l'embrigadement de la jeunesse (Jeunesses hitlériennes) à propos de son fils Heinrich, "officier dans un corps de jeunesse". Enfin, dans la lettre 18, Martin, suspecté de ses relations avec un Juif, souligne les méthodes du régime pour épurer les opposants politiques : la révocation d'un poste de fonctionnaire, les camps de concentration, les fusillades. |
| 1 - A partir des dates mentionnées dans le roman, déterminer la durée
de la correspondance. 2 - Repérer les ellipses au cours de la correspondance. Que signifient-elles dans les relations entre Max et Martin ? 3 - Repérer les lettres qui marquent les moments forts de l'évolution de l'action et des relations entre Max et Martin. Justifier les choix. |
Eléments de correction / synthèse
| L'étude de l'action révèle l'évolution des relations entre les deux
personnages; Au début du roman, Max et Martin sont de très grands amis. Leur relation, dans les premières lettres, apparaît très affectueuse, fraternelle. Puis, à partir du moment où Martin adhère à l'idéologie nazie (lettre 6), la correspondance prend des distances. C'est notamment à travers les ellipses que s'exprime la dégradation de cette relation amicale : - les lettres 9, 10 et 11 de Max, sans réponse de Martin, concrétisent la rupture de la relation amicale - les lettres 13, 14 et 15, qui sont des lettres professionnelles de Max, sans réponse de Martin, confirment cette rupture - enfin, dans la lettre 17, Martin se manifeste de nouveau, mais ce n'est que pour implorer Max de ne plus lui écrire, au risque de représailles du régime nazi. C'est une lettre écrite par obligation. D'autre part, la structure de la correspondance est
marquée par des lettres représentant les moments forts de l'évolution de l'action et de
la relation entre Max et Martin. |
| 1 - Eudier le système d'énonciation dans les lettres 1, 8 et 12. 2 - Repérer les indices d'opinion significatifs présents dans le début de la correspondance (lettres 1 à 4). Comparez-les avec les indices d'opinion employés dans les lettres 6 et 8. 3 - Identifier les types de lettres écrites. 4 - Caractériser les différents types de phrases produites entre le début et la fin de la correspondance. |
Eléments de correction / synthèse
| Les variations de l'écriture révèlent l'évolution des
relations entre les deux personnages.
La comparaison des indices d'opinion présents dans les lettres 1 à 4 et dans les lettres 6 et 8 montre le changement de nature des relations entre Max et martin. Par exemple, les formules d'appel et de clôture qui sont au début très chaleureuses, affectueuses, complices ("Mon cher Martin", "Max, mon cher vieux compagnon", "De tout cœur à toi", "Ton fidèle Max"...) deviennnet laconiques, neutres, froises, dénuées d'affection, telle la formule de clôture de la lettre 8 :"Martin Schulse", une signature qui affiche la rupture brutale. D'autre part, nombreux sont les termes valorisants employés à l'égard de l'un et de l'autre au début de la correspondance : "ton merveilleux savoir-faire", "notre chère Elsa", "mon bon Max", "moi, ton ami", qui disparaissent dans la suite pour laisser place, de la part de Martin, à l'emploi d'un lexique méprisant envers les Juifs : "bouc-émissaire universel", "...race juive est une plaie", "Juif qui pleurniche". Seul est élogieux le vocabulaire désignant Hitler et son parti :"vénéré chef", "...adorer notre noble chef". Martin exprime une totale confiance, significative notamment dans l'emploi insistant du pronom personnel "nous", qui renvoie au "peuple" allemand, opposé au "vous" désignant les Juifs. La lettre 8, de Martin, lettre de rupture, est écrite comme un discours politique dans lequel il attaque les libéraux, accusés de "sentimentalisme", par opposition aux "hommes d'action" du parti nazi. L'étude des types de phrases révèle également la dégradation des rapports entre les deux correspondants. Les deux premières lettres sont composées de phrases complexes, longues, rédigées en langue soutenue. Il s'agit de lettres privées, exprimant la complicité, la vive affection qui les unit. La lettre de rupture (8) privilégie des phrases courtes, nominales, au ton incisif. On y relève aussi des phrases interrogatives et exclamatives traduisant l'agressivité de Martin, son agacement qui l'amène à rompre la communication. La lettre 13 n'a pour but que d'informer professionnellement, d'où son style télégraphique. Les lettres écrites dans la deuxième partie (14 , 15, 16, 18, 19) utilisent principalement des phrases injonctives ("N'oublie pas... Il faut que... Fais-le nous savoir...") comme celles d'un supérieur à son employé. Elles ont l'apparence de lettres professionnelles (envoi de matériel à une mystérieuse "Ligue des jeunes peintres allemands", préparation d'une exposition, réunion, déplacements...). Max exerce ainsi sa vengeance contre Martin qui a abandonné Griselle. Les "consignes" envoyées à son associé sont suffisamment équivoques pour attirer l'attention de la censure nazie et laisser croire à la préparation d'un complot, ce qui provoquera la perte de Martin. Les nombreuses phrases interrogatives et exclamatives de la lettre 17 expriment le désarroi de celui-ci : incapable de s'expliquer devant la police politique ("ils exigent que je leur donne le code. Quel code ?"), exclu du parti, sentant sa vie menacée, il retrouve les accents affectueux d'une amitié qu'il a pourtant trahie pour supplier Max de cesser ses envois. |
mis en ligne le 2001