L'évolution
du rôle des médias et leur
influence sur le fonctionnement
des gouvernements.
Comment l’affirmation de l’opinion
publique et l’accélération de la
mondialisation ont-elles remis en cause la conception du gouvernement
de la France établie en 1946 ?
Notions clés pour comprendre :
Opinion publique : ensemble des
convictions, des jugements et des
valeurs d'une société à une époque donnée. Les médias de masse, qui
informent les citoyens et favorisent les débats contradic-toires,
contribuent à former l'opinion publique.
A noter : depuis les années 30,
l'utilisation des sondages s'est répandue. Ils ont l'ambition de
mesurer l'opinion publique.
Médias de masse : expression qui
désigne les médias diffusés de manière
industrielle et facilement accessibles touchant un large public. En
France, les médias de masse sont la presse (fin XIXème siècle), la
radio (à partir des années 30), la télévision (années 60) et depuis la
fin des années 90 internet.
Démocratie d’opinion : fonctionnement d’un régime où le pouvoir
s’appuie sur les sondages pour prendre des décisions satisfaisant les
désirs de l’opinion publique, censée reflétée la volonté de la majorité.
Quel rôle jouent les
médias et l'opinion publique dans le gouvernement de la France ?
1
- Le pouvoir et l'information
aux débuts de la Ve République.
L'opinion publique est devenue un acteur majeur de la vie politique.
Dans une démocratie, les médias sont le reflet de cette opinion
publique, mais peuvent aussi l'influencer. C'est pourquoi l'État
cherche à les contrôler en particulier lors des grandes crises
politiques.
Sous la IV e République, démocratie de représentation : la France
n’est pas encore une démocratie d’opinion
Entre 1959 et 1969, les
sondages enregistrent la popularité du général
de Gaulle et dès 1959, l’analyse des sondages d’opinion est considérée
comme un instrument de l’action gouvernementale.
Alain Peyrefitte, ministre de l'information de 1962 à 1966, suit
quotidiennement l’information, la télévision devient ainsi un acteur de
premier plan de la vie politique.(en 1966 : un foyer sur deux est
équipé de récepteurs pour recevoir l'unique chaîne de tv en noir et
blanc)
1963, présentation de la nouvelle
formule du JT
Que pensez-vous de l'intervention du ministre pour introduire le
nouveau journal de 20 h ?
Comment qualifierez-vous l'attitude du présentateur ?
Que montre cet extrait des rapports gouvernement/médias ?
Élections présidentielles de 1965 (les premières au suffrage universel)
: rôle des sondages déterminant. Au premier tour, de
Gaulle ne fait pas de campagne alors que ses adversaires
Jean Lecanuet
,
François Mitterrand
,
candidats plus jeunes que le
général,
utilisent la télévision, ainsi leurs programmes et leur volonté de
changement trouvent un écho dans l’opinion publique.
Entre le début de novembre et la fin de novembre, de Gaulle perd plus
de 20 points dans les sondages, le ballotage paraît inévitable, il est
confirmé par le premier tour (1ère fois qu’un résultat est annoncé un
quart d’heure après la fin du scrutin)
Entre les deux tours, de Gaulle va aussi utiliser le petit écran.
Entretien avec Michel
Droit
entre
les
deux tours de l'élection
présidentielle de 1965
Relevez la similitude avec la vidéo précédente.
Pourquoi de Gaulle s'est-il soumis à cet entretien à ce moment-là ?
Comment de Gaulle justifie-t-il son action à la tête de l'État ?
Que pouvez-vous conclure des relations presse-Président ? Qu'en est-il
en réalité?
2 - 1968 : une remise en cause du
contrôle
de l’information par
le pouvoir politique
Rappel : s'aider du livre p. 158 pour
la chronologie.
Les
événements de mai 1968 se déroulent en trois phases
• la phase étudiante
La révolte étudiante du printemps 1968 s'inscrit dans un mouvement
mondial de contestation apparu aux Etats-Unis avec le mouvement hippy
et le mouvement d'opposition à la guerre du Vietnam, très fort chez les
étudiants, à cette époque très politisés et orientés à gauche, en
particulier en Allemagne.
• la phase sociale
L'originalité de la France est que ce mouvement, très marginal dans les
autres pays, s'étend au monde du travail à partir de la grève générale
du 13 mai 1968, et en dépit d'une politique plutôt habile du premier
ministre Pompidou, qui a voulu limiter la répression.
• la phase politique
La situation échappe au gouvernement à partir du 13 mai et De Gaulle ne
parvient pas à reprendre le pays en main. Après une journée de
flottement le 29 mai, de Gaulle s'adresse au pays le 30 mai et retourne
la situation : un million de manifestants défilent sur les
Champs-Elysées pour le soutenir. Pompidou négocie avec les syndicats,
en particulier la CGT, les Accords de Grenelle (augmentation du Smig,
des salaires, durée hebdomadaire du travail 40 h).
Les élections de juin 1968, qui donnent une majorité écrasante à la
droite, prouvent que la France profonde ne suivait pas le mouvement de
mai 68. Ce mouvement a cependant eu des suites durables dans le domaine
des mentalités.
Mai
68 et les médias : à partir de deux sites, répondez aux questions
ci-dessous
http://expositions.bnf.fr/mai68/expo/non/index.htm
Dans l’onglet « presse, ne pas avaler »
Dressez un rapide tableau de l’information en France dans les
années 60.
Pourquoi les radios périphériques (donnez leurs noms) sont-elles
plébiscitées par les
auditeurs lors des évènements de mai ?
http://www.bdic.fr/expositions/mai68/
Dans l’onglet vivre ensemble, choisir, dans le menu à gauche,
media/presse
Lire l’intro et dans en savoir +, ouvrir le tract du Comité de grève de
l’ORTF
Que dénoncent les grévistes de l’ORTF, qu’exigent-ils ?
Peut-on affirmer que mai 68 a changé les rapports gouvernements-médias ?
À quel moment de la Ve République la situation des médias a-t-elle
vraiment changé ?
3 - Et aujourd'hui ? La perte des
repères de l'opinion publique
lire l'analyse d'Arnaud Teyssier parue dans le Figaro, le 9 septembre
2014
Sondages,
impopularité : est-ce le Président ou l'opinion publique qui gouverne ?
Par Arnaud Teyssier
François
Hollande est affaibli comme
jamais un président de la Vème République ne l'a été depuis 1958.
L'historien Arnaud
Teyssier rappelle que la distance, la majesté et le
silence sont indispensables à l'exercice du pouvoir.
« On le sait fort bien: depuis la plus haute Antiquité, la politique a
toujours été affaire de communication et d'exposition aux attaques
publiques. […]. Nul n'a non plus oublié la pression considérable que la
presse d'opinion faisait peser sur les gouvernements de la IIIe et de
la IVe Républiques. Avec les institutions de la Ve République, le
pouvoir exécutif a cru retrouver une stabilité durable et une véritable
maîtrise des choses. Un président élu pour sept ans, doté de pouvoirs
étendus et maître des horloges, et un gouvernement protégé par une
batterie de dispositions constitutionnelles soigneusement étudiées. Cet
édifice s'est sévèrement lézardé avec les cohabitations successives, le
passage au quinquennat et l'improbable révision de 2008, mais enfin: on
croyait plus ou moins en sa solidité.
La surabondance des sondages, l'irruption massive d'Internet dans notre
vie quotidienne, son interaction fulgurante avec des médias
innombrables et de toute nature : la dictature du court terme écrase le
politique et dévoile son infinie vulnérabilité.
[…]
Mais est-ce là la véritable explication du grand désordre actuel?
Toutes les démocraties authentiques sont soumises à la même pression, à
la même emprise galopante d'une communication mondialisée. Il arrive
que leurs dirigeants en souffrent, mais pas au point que les
institutions de leur pays en soient profondément déstabilisées. Il faut
croire que dans les démocraties de type anglo-saxon, les lois
éternelles de la politique demeurent, du moins à très grands traits,
comprises et maîtrisées. Gouverner, c'est inscrire son action dans la
durée en s'adaptant aux circonstances et en affrontant les difficultés
du moment. Pour cela, les dirigeants font preuve d'aptitudes inégales,
mais ils s'appuient sur des institutions éprouvées, et surtout sur des
formations politiques structurées et organisées.
Voici sans doute la première explication de la crise française
actuelle: la perte du sens des institutions, mais aussi la grave
faiblesse des partis, qui pourtant, comme le précise drôlement notre
Constitution, sont censés «concourir à l'expression du suffrage». […]
Car telle est sans doute la seconde explication majeure: si les
politiques sont livrés sans défense apparente au pouvoir destructeur
des médias et au tribunal permanent des internautes, c'est parce qu'ils
l'ont bien voulu. Parce qu'ils s'imaginent que telle est la nouvelle
manière de faire de la politique et qu'il est essentiel d'exposer à la
face du monde la richesse infinie de leur personnalité. […]
La situation actuelle - dont, il faut bien le reconnaître, François
Hollande, plutôt discret de tempérament, est davantage victime que
responsable - est le produit d'une évolution engagée depuis plusieurs
années et qu'il est aisé d'observer: si les outils incroyablement
mobiles de la communication moderne submergent les politiques, c'est
parce qu'ils se sont volontairement soumis à leur loi au lieu
d'utiliser ces armes éternelles que sont l'usage opportun et momentané
du silence, le respect constant d'une certaine distance, la stricte
observance des règles institutionnelles. Il est exact que la bêtise et
l'injure, qui ont toujours existé en politique, surgissent aujourd'hui
de toutes parts avec une sonorité inégalée. Faut-il pour autant rendre
les armes? […] »
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Quelles sont les évolutions actuelles qui expliquent la perte de
repères de l'opinion publique vis-à-vis des responsables politiques ?
Claudie Ferchaud, Lycée Alcide d'Orbigny, Bouaye