Espace pédagogique

Les galeries d'établissement : un dispositif pédagogique



Quel espace d'exposition dans un établissement scolaire ? Que signifie la question d'enseignement "EXPOSER des oeuvres d'art" ? A quel moment construire la rencontre sensible et réfléchie avec des œuvres d'art ? Pourquoi travailler sur les pratiques artistiques et culturelles et comment s'approprier de nouvelles connaissances ?

Ces questions ont été posées à différents professeurs engagés dans une pratique quotidienne de l'enseignement liée à l'accueil d'exposition au sein de l'institution. Les réponses sont complémentaires les unes des autres, ce n'est pas une construction théorique mais un recueil de témoignages qui dessinent un panorama de la réflexion sur les galeries d'art à vocation pédagogique dans un établissement scolaire.

Entretien avec des professeurs de l'académie 

Des propos d'enseignants, des supports expérimentés en classe, des idées à approfondir ...

Un espace d'exposition
Comment s'est construite la galerie dans votre établissement ? 
(Quand, avec qui, pourquoi ?)
  • Dès mon arrivée dans l'établissement, suite à mon entretien avec le chef d'établissement. La création de la galerie d'art a été la première action pour engager la pratique des élèves et recevoir les expositions du FRAC. Ensuite d'autres expositions ont suivi.
  •  La galerie s’est construite suite à mon inspection et à un échange avec le chef d'établissement. En effet, outre l’accès à ma salle, je ne disposais pas d’espace spécifique pour accrocher et exposer les travaux d’élèves en dehors de la salle de classe. Cette idée d'un espace réservé aux expositions est donc née d'une rencontre et d'une nécessité pour mon enseignement.
  •  La galerie a été mise en place afin de valoriser au sein de l’établissement et à l’extérieur les activités liées à l'enseignement des arts plastiques enseignées. Depuis quelques années, ce travail d'expositions est ouvert à divers partenariats, comme par exemple l'artothèque et les étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de Nantes.
  •  L'aventure a commencé en 1999 en transformant un petit local vide avec l'aide de l'agent technique du collège (placoplatre fixé aux murs, peinture blanche, spots d'extérieurs). La première exposition, celle proposée par le Frac, a eu lieu en 2000. Mais en 2005, les travaux de restructuration de l'établissement ont mis fin à l'expérience. Avec le principal, nous avons travaillé pour que le projet architectural puisse prévoir un espace d'exposition, et ce malgré la perte de surface habituellement inhérente aux restructurations d'établissements scolaires. Les expositions dans la nouvelle galerie ont pu reprendre en 2007.
    L'objectif est de permettre à la totalité des élèves d'un établissement de milieu rural de pouvoir fréquenter les œuvres d'art car les budgets pour les sorties culturelles imposent de sélectionner des niveaux ou des classes.
  •  Ce projet a démarré en 1999, avec l’accord et le soutien du proviseur de l’époque et de son adjoint. J’étais associée à un professeur d’histoire du lycée. Nous avons monté un dossier DRAC et avons obtenu le financement nécessaire pour la transformation (importante) et la sécurisation de l’espace choisi. Ma collègue et moi avions envie de créer des événements artistiques contribuants concrètement au projet d’établissement  et de travailler avec les professeurs de l'école des Beaux-arts, voisine, pour créer du lien étudiant-lycéen.
  • La galerie s'est ouverte en 2014, en complément d’une demande d’atelier de pratiques en lycée, les attentes du Frac ont encouragé à ouvrir un espace spécifique avec des conditions d’accueil idoines. La direction et dès lors, l'organisme de gestion soutiennent au quotidien les divers projets d'exposition.
Pouvez-vous décrire l'espace dédié aux expositions ? (Dimensions, où est-elle située dans l'établissement, accès facile, horaires, ouverture au public...)
  • Elle se situe au CDI du lycée. Il s'agit dans une pièce de 25 m2 attenante à l'espace de documentation mais indépendante avec une porte transparente fermée à clef en dehors des visites. L’accès est géré par la documentaliste.
  •  Il s’agit d’un grand mur blanc (10 m de long) dans le CDI du lycée avec un espace désormais libéré (25 m2). C’est un espace lumineux (éclairage naturel et artificiel par des spots), ouvert sur le CDI.
  •  La galerie est composée de deux espaces, un blanc de 30 m2 et un gris foncé de 15m2 pour la vidéo-projection , ce qui permet d’associer l’enseignement Cinéma-Audiovisuel pour l’exposition annuelle des élèves de terminale et les journées Portes Ouvertes .La galerie est située à l’entrée de l’établissement, au rez-de-chaussée, pas très éloignée de l’accueil et à proximité de la vie scolaire, donc plutôt facile d’accès ….Ouverture au public les soirs de vernissage et sur rendez -vous ensuite: c'est d'ailleurs un point à améliorer à travailler dans les mois à venir.
  •  La nouvelle galerie, moins pratique (en longueur, sans murs plats, face à une grande baie vitrée) a cependant l'avantage d'être centrale et visible de la cour, très proche de la salle d'arts plastiques, équipée d'un rail d'éclairage. Elle mesure 9,30 m de longueur. Sa largeur est de 3,43 m sur une longueur de 5 m et se réduit à 2,20 sur les 4 derniers mètres. Une baie vitrée de plus de 5 mètres de long sur 6 mètres de hauteur fait face au mur d'accrochage. Cela pose des problèmes de reflets et d'exposition des œuvres aux rayons du soleil qu'il a fallu résoudre par du bricolage maison sur le toit du préau. Les murs convexes et concaves, séparés par des refends, peuvent poser des problèmes d'accrochage et de stabilité pour certaines œuvres.
  •  Il s’agit d’un vaste, long et large couloir, à l’arrière d’un bâtiment consacré aux mathématiques. A l’origine, il desservait les classes mais avait été complètement restructuré de manière contemporaine (verrière, mezzanine…) par l’architecte de la rénovation. Celui-ci a d’ailleurs dû être consulté pour le projet imaginé. L’accès n’est pas facile (déambulation dans les diverses cours) depuis l’accueil. La galerie est ouverte au public, sur des horaires et des jours variant d’une exposition à l’autre. Un fléchage est chaque fois mis en place.
  •  C'est un espace 60m2 situé en mezzanine au-dessus de la salle d’arts plastiques elle-même assez vaste (l’ensemble est l’ancien CDI du lycée). L'accès se fait ainsi sur deux niveaux : 1 via la salle d’arts plastiques par un escalier intérieur, 2 via le niveau 2 du lycée, directement dans la galerie. Cet aménagement facilite grandement l'ouverture au public, scolaire ou venant de l'extérieur.
Avez-vous une "stratégie" d'exposition ? (Que des artistes, des collections avec des partenaires - FRAC, artothèque... - des travaux d'élèves, un mixte des deux...)
  • Cet espace est dédié exclusivement aux expositions d'oeuvre d'art et parfois des travaux d'élèves, lors de moments forts ( protes ouvertes et projets spécifiques. Il se peut que l'on travailler à l'avenir sur la question de l'accrochage, une entrée abordée en amont en classe avec une démarche d'oeuvre in situ ou tout du moins d'une réflexion approfondie sur l'espace d'exposition..
  •  Deux expos du FRAC ont déjà eu lieu et j’expose régulièrement des travaux d’élèves. Des artistes vont désormais exposer en alternance avec les lycéens. Je tiens à ce mixte des deux, cette alternance entre oeuvre d'art et travaux d'élèves.
  •  Notre choix est un mixte des deux, à savoir réalisations d'artistes et travaux d'élèves, ceci pour un meilleur ancrage chez les élèves dont la participation aux choix et aux accrochages est ici indispensable mais aussi pour impliquer plus fortement les familles et les réseaux artistiques. Il nous reste encore à acquérir une visibilité plus grande au sein du milieu artistique nantais pour obtenir plus de propositions de la part des institutions, des anciens élèves diplômés et des jeunes artistes.
  •  J'ai commencé par des partenariats avec le Frac puis j'ai invité des artistes parmi mes connaissances dont la démarche pouvait être intéressante d'un point de vue pédagogique. J'ai ensuite contacté des artistes découverts lors d'ouvertures d'ateliers comme la manifestation annuelle sur Angers ou dans des expositions. Les prises de contact avec l'artothèque de Nantes puis celle d'Angers sont venues après.
    Les présentations de productions d'élèves ont été principalement réalisées à l'occasion de portes ouvertes. La galerie sert ponctuellement à leur accrochage par les élèves dans un objectif de réflexion sur celui-ci mais elles ne restent pas forcément en exposition. Une seule fois, à l'occasion d'un atelier avec un artiste, Frédéric MALETTE, les productions des élèves ont été présentées avec celles de l'artiste qui en avait fait la demande. L'expérience ne m'a pas forcément convaincue.
  •  Mon idée première était de solliciter des artistes « du cru » aux pratiques et démarches contemporaines, acceptant de venir à la rencontre des élèves et du public, moyennant l’achat d’une œuvre (par le FSE), le financement des affiches, flyers et petit matériel d’exposition nécessaire. Nous avons une programmation de 3 à 5 expositions par an, qui sont ouvertes 3 semaines. Le gardiennage est assuré par des collègues volontaires, des retraités de l’établissement, des élèves de l’option et parfois de grands collégiens. Notre deuxième idée est de monter un partenariat avec le FRAC et avec l’artothèque d’Angers. Les œuvres achetées aux artistes ont constitué un fonds pour ouvrir une artothèque d’établissement. Chaque mois de juin était consacré à l’exposition des travaux d’élèves (collège et lycée), organisée par eux-mêmes. Il est arrivé de réaliser des mixtes, lorsque l’artiste (et moi) y voyions un intérêt. La galerie a par trois fois été investie par des travaux d’élèves lors de séminaires arts plastiques organisés dans l’établissement. L’espace a également été investi par des expositions d’art « clés en mains » proposées par la PACA d’Angers et la Maison de l’Europe, les Archives départementales et autres initiatives de collègues.
  • Notre stratégie change d'année en année, elle tient surtout aux rencontres et aux expériences acquises au fil du temps... Nous avons exposés des artistes, des collections avec des partenaires – FRAC, artothèques…- des travaux d’élèves, un mixte des deux … : c’est d’avoir vécu chacune des situations qu’une « stratégie » en découle : être ouvert et oser entremêler, opter pour un choix en fonction d’un programme (rôle fécond des rencontres et différentes propositions et solutions trouvées avec artistes et médiateurs culturels).
La vocation pédagogique
Comment envisagez-vous le travail avec la séquence en arts plastiques ? 
(Quelles compétences travaillées ?)
  • Toutes les expositions prévues et construites pour la galerie sont articulées avec des compétences théoriques et pratiques des programmes d'arts plastiques. Le recul réflexif quant à la démarche de l’élève peut entrer en résonance avec la démarche d’autrui mais aussi et surtout avec des compétences plasticiennes, telles que finaliser sa pratique et l’exposer.
  • Les liens entre les oeuvres exposées et ma séquence se font via les entrées du programme: L’espace du sensible en terminale, la relation au spectateur, la question de la présentation des œuvres.
  • Chaque élève de Terminale peut y expérimenter une confrontation avec cet autre espace de monstration, proposer divers choix de présentation et d’installation …, il s’agit aussi d’un lieu pertinent pour la verbalisation et l'échange de propos sur la pratique et l'ambition artistique.
  • La majorité du temps, l'exposition est exploitée en amont, pendant mais aussi quelques fois après. Pendant longtemps je l'ai systématiquement exploitée avec toutes les classes de tous les niveaux. Cela s'est avéré impossible à partir du moment où l'établissement est devenu plus important et où l'enseignement des arts plastiques a été partagé entre deux puis trois enseignants.
    En amont, cela permet de trouver des idées de cours pour explorer la démarche d'un ou plusieurs artistes sans que les élèves n'aient la référence. Ils découvrent ensuite l'exposition et font du lien avec leurs propres recherches. Pendant, c'est le moment de la rencontre sensible, de la parole mais aussi de pratiques autour du dessin, de la photo… Pendant et après, la pratique s'appuie plus souvent sur une œuvre et ce qu'elle peut engendrer, là encore cela permet de rentrer dans la démarche de l'artiste.
  • D’abord, il s'agit d'une rencontre directe des élèves avec l’artiste et ce devant les œuvres: des questionnaires étaient préparés en amont. Ensuite, les séances de pratique artistique en lien avec des notions abordées ou une technique particulière (gravure, par exemple). Et plus rarement, par la pratique plastique avec l'artiste lors d'un prêt d'une presse de gravure par l'école des Beaux-Arts par exemple.
  • Depuis cinq ans, l’espace d’exposition est intégré au déroulement du cours sur l’ensemble de l’année (d’un cursus complet pour certains) :
    • en tant que lieu d’exposition et de médiation culturelle (accrochage, vernissage, visites et médiations diverses) et la forte implication de certains élèves,
    • en tant qu’espace intégré au cours : pour la pratique, comment exposer, installer, projeter… ? comme pour la verbalisation et la valorisation des travaux (accrocher, présenter, commenter,   photographier…).
Est-ce envisageable que d’autres disciplines articulent leur situation d’enseignement avec la présence d’œuvres dans l’établissement ? 
(projets, rencontres avec artistes, EPI, PEAC…)
  • Oui, cela a déjà eu lieu avec un professeur de français qui travaillait la description avec ses Secondes.
  • Plusieurs disciplines ont déjà collaboré à des projets d’exposition, SVT, Histoire Géographie, Philosophie. Des expositions communes collège/lycée dans la cité scolaire.
  • En premier lieu , avec les deux autres enseignements artistiques enseignés dans l’établissement : Théâtre et Cinéma-Audiovisuel, mais en 1ère & Terminale, avec le Français , les langues et le statut international de l’établissement , ensuite le PEAC qui se construit là aussi…Sans être instrumentalisés , il est souhaitable que les arts plastiques soient aussi un levier d’échanges et une force, une dynamique.
  • Oui mais je n'ai réussi à faire en sorte que mes collègues le fassent qu'à quelques occasions. En début d'année j'envoie à tous la programmation de l'année avec des visuels, des liens vers des sites d'artistes, une brève description de la ou des démarches en rappelant aux collègues que la galerie leur est accessible avec les élèves pour leur travail pédagogique. Les collègues de langue vivante et de français ont quelques fois joué le jeu pour faire un travail de description ou de poésie. Avec le temps, une certaine lassitude s'est installée de mon côté pour relancer l'équipe pédagogique. Les enseignants du primaire ne sont venus que s'ils étaient incités par leur conseiller pédagogique ou l'inspecteur (distance, peur de ne pas être capable de présenter l'exposition…).
  • Tout à fait dans cette dynamique ! J’ai souvent travaillé en relation avec d’autres disciplines : histoire, svt, français, philosophie, allemand, espagnol... On montait des projets transdisciplinaires (expositions de travaux photographiques, aquarelles réalisées par des collégiens lors de voyages en Espagne...). A plusieurs reprises, des groupes d'étudiants des Beaux-arts ont investi l'espace...et rencontré des lycéens pour échanger.
  • Tout est envisageable ! J’ai le souvenir d’un cours de philosophie sur « l’identité », les élèves parmi les œuvres, d’une longue visite d’un groupe de 3eme du lycée professionnel venu travailler un article pour leur atelier Presse
Quelles sont les compétences que les élèves peuvent développer avec la présence d’une galerie dans leur établissement ? 
(voir programmes, socle commun, …)
  • Toutes les compétences sont à un moment donné travaillées avec la présence d'un galerie d'art dans son établissement. Évidemment que les compétences d'ordre culturelle sont à priori plus présentes, mais pas vraiment toutes les compétences. Il m'est difficile d'en distinguer une plus qu'une autre. Cela dépend vraiment du moment et de l'activité qui y est proposée.
  • Des compétences artistiques grâce ou à cause du contact direct avec les œuvres et les les artistes, des compétences organisationnelles dans les montages d’exposition, un enrichissement dans la connaissance des démarches et une invitation à la médiation pour ce partage de connaissances.
  • Une compétence liée à l'oral, par la conversation et l’argumentation. L’échange réel avec le monde professionnel de l’art, la participation à la sélection des œuvres et aux accrochages dans la galerie, acquérir une véritable familiarité avec l’univers artistique contemporain ne peut qu’apporter un enrichissement humain et professionnel aux élèves.
  • Développer sa curiosité, se construire une culture vivante (contribuer au parcours d'éducation artistique et culturel), comprendre par l'expérience sensible, confronter ses points de vue, exprimer sa sensibilité et être à l'écoute de celle des autres, faire évoluer ses représentations mentales, distinguer l'œuvre de sa représentation, appréhender la matérialité d'une œuvre. À plus ou moins long terme, se sentir autoriser d'aller voir des œuvres d'art, d'en emprunter, d'en acquérir éventuellement.
  • La compétence principalement visée est clairement indiquée dans le programme du cycle 4  "S'exprimer, analyser sa pratique...établir une relation avec celle des artistes, s'ouvrir à l'altérité". On peut appliquer cette compétence aux galeries...
  • Toutes les compétences visées en arts plastiques, mais au delà dans celles abordées dans le socle commun avec de nombreux domaines  concernés, du langage, de la citoyenneté, de la société aux méthodes et outils pour apprendre… Tout est dans le projet et son organisation.
un engagement, des compétences professionnelles reconnues
Quelles sont les compétences que les professeurs d’arts plastiques développent avec la présence d’une galerie dans leur établissement ?
(Partenariat, communication extérieure…)
  • L’esprit d’ouverture sans modération. Il faut en effet faire preuve de souplesse, de curiosité pour l'autre et d'écoute. Sans chercher à avaler toutes les couleuvres, j'ai appris à mieux travailler avec les collègues, les parents, les élèves, les agents et la direction. cet esprit d'ouverture est ensuite partagé par tous les protagonistes de l'aventure, et notamment avec l’ensemble des personnels invités aux expositions.
  • J'ai acquis la certitude qu'il faut affirmer la visibilité de la discipline, avec par exemple cette idée de la communication interne et externe. Une compétence de communiquant que je n'avais pas suffisamment développé auparavant...
  •  Les compétences que j'ai travaillé depuis l'ouverture de la galerie peuvent se résumer à deux mots : partager et communiquer !
    Partager ma connaissances des programmes d'arts plastiques à l’intérieur de l’établissement (indispensable !) et en même temps envisager une communication extérieure pour rendre l’établissement attractif (en complément des résultats au baccalauréat)  et bien entendu, participer au projet culturel de l’établissement …
    • la communication (avec partenaires, dans la diffusion de l'information…)
    • l'organisation (planification, gestion du lieu…)
    • la maîtrise des aspects techniques du montage d'expositions (accrochage, éclairage…)
    • la gestion de budget
    • la coopération (surtout si le projet est porté par une équipe)
  •  D'abord, être disponible et avoir envie de cela (surplus de travail non rémunéré si ce n'est en IMP selon la volonté de l'établissement). Jouer aussi le rôle de médiateur. Avoir de la souplesse. Être ouvert mais vigilant. Avoir la capacité de convaincre (les artistes, les institutions, la hiérarchie, les collègues). Entraîner les élèves...en un mot : rayonner partout !
  •   Il me semble que les compétences que les professeurs d’arts plastiques développent avec la présence d’une galerie dans leur établissement sont trés nombreuses, parfois intuitives, certaines sont sans doute innées, mais en effet d'autres doivent peut etre s'acquérir en formation. Par exemple :
    • s’investir, avoir des projets très ouverts
    • communiquer, proposer, écouter, contacter les partenaires extérieurs parfois aux enjeux éducatifs
    • savoir monter des expositions (projet, accrochage, médiation, diffusion)
D’après vous, quel intérêt les usagers de l’établissement (professeurs d’autres disciplines, familles, visiteurs occasionnels, personnels …) peuvent-ils développer avec la présence d’œuvres ou de travaux d’élèves dans l’établissement ?
  • Pour moi, une galerie d'art est une chance, une véritable opportunité culturelle dans un établissement scolaire, au même titre que le CDI qui propose des ouvrages de littérature ! Il s'agit ici de développer un regard averti, une ouverture à l’art contemporain, un goût pour la nouveauté et les pratiques actuelles.
  • Et je rajouterais que pour les collègues, il s'agit souvent de découvrir une autre facette de leurs élèves.
  • La galerie permet à tout le monde de mieux saisir ou d'aider à prendre conscience du dynamisme de l’établissement vis-à-vis de la création contemporaine, de partager ensemble la qualité des recherches artistiques enseignées. Il est ici question de participation à la prise de conscience avec les autres disciplines du croisement et des regroupements des thématiques et des notions enseignées.
  • La présence d'une galerie développe indéniablement l'ouverture d'esprit. La présentation des œuvres suscite discussions, échanges de points de vue, recherche de compréhension. Cela permet à des collègues, personnels, parents un accès à la culture (milieu rural, isolement culturel, autres habitudes et pratiques culturelles que les arts plastiques).L'intérêt pour l'enseignant d'arts plastiques est le renouvellement de sa pratique. Chaque année offre des projets différents qui permettent de se poser de nouvelles questions pour aborder le programme d'enseignement.
  • S'étonner devant les productions des jeunes, leur engagement, la qualité de leur travail... Avoir envie de s'investir également.
  • Par de nombreux retours positifs (professeurs d’autres disciplines, élèves, anciens élèves, familles, visiteurs occasionnels, personnels …) l’intérêt n’est pas à dire : les seuls mots d’humanisme, de liberté et de culture, à l’intérieur d’un lycée permettent de le comprendre, L’INTÉRÊT ! (pour être précis, tout « l’intérêt » d’une galerie et de la qualité de son rôle est en lien direct avec une pratique des arts plastiques au sein même de tout établissement !).
Quelle est la plus-value pour l’établissement ?
(Valorisation d’un enseignement, d’une dynamique d’établissement. Existe-il une plus-value au niveau local ?…)
 
  • L'établissement gagne en terme de visibilité et de reconnaissance sur le territoire du bassin, voire académique. La valorisation au niveau local, atteint ainsi les écoles du secteur et favorise certains contacts avec la municipalité et des projets de région.
  • La galerie est indéniablement une vitrine pour la dynamique de l’établissement !
  • La galerie participe au rayonnement culturel de l’établissement au même titre que les soirées théâtre, les conférences organisées, les ateliers cinéma …Donner une image d’ouverture d’esprit, de modernité et de créativité à l’établissement.
  • L'enseignement et le dynamisme des arts plastiques ont indéniablement été valorisés au sein de l'établissement (retour des collègues, des personnels, des élèves). La plus-value est la culture commune qui en résulte. La communication par voie de presse a aussi valorisé l'établissement et contribué, avec le dynamisme et les actions des autres disciplines, à son expansion. Nous sommes actuellement victimes de cette renommée et de nos bons résultats et sommes obligés de revoir systématiquement la carte scolaire en raison du nombre d'élèves.
  • La plus-value est réelle et en particulier pour les enseignements artistiques, de la pratique à la médiation, dans la dimension culturelle du projet d’établissement.Cela facilite la mise en place de projets comme des voyages culturels à l’étranger pour des élèves d’option arts plastiques et latin par exemple, mais la plus-value est aussi locale : la phrase d’une élève de Terminale qui présentait l’option lors des portes ouvertes annonce la couleur:

« C’est super un lycée où, en plus de l’option et des heures d’atelier, on a pu pendant trois ans,
dans ce lieu, installer autant d’œuvres et travailler avec de vrais artistes ! »

Comment organisez-vous les rencontres avec les artistes ou les partenaires culturels ?
(Avez-vous constituer un réseau professionnel dans ce domaine ? une artothèque ? ...)
  • Deux conventions ont été signées et validées au CA entre l’établissement et le FRAC des Pays de la Loire ainsi que le Grand Café de Saint-Nazaire. les rencontres avec des artistes sont importantes, les visites sur les sites de ces centres d’art sont régulières. Référent culture de l’établissement, je participe également à des actions sur le bassin.
  • Les décisions de partenariats se font au fil des rencontres personnelles, des priorités de l’établissement et des propositions des structures partenaires.
  • Avec le temps, des contacts privilégiés se sont établis avec les chargés des publics des structures comme le Frac, l'artothèque. Cela facilite grandement les projets. Certains artistes ont pu exposés car convaincus par d'autres qui avaient fait l'expérience de ce type particulier d'exposition à vocation pédagogique. Les articles et photos sur le site du collège leur permettent de voir le sérieux (voire le professionnalisme, osons le mot) de la présentation des œuvres.
  • Très simplement ! D’abord avoir un projet, puis un contact avec un artiste ou un partenaire culturel. Ensuite, le réseau se constitue, s’enrichit avec le temps et de la volonté !
Une dynamique d'établissement
Avec votre expérience, quels sont d’après vous, aujourd’hui, les principaux écueils à l’ouverture ou à
la dynamique d’un lieu d’exposition en établissement scolaire ?
 
  • Trouver un lieu accessible et protégé.
  • Le manque de locaux et donc de place disponible.
  • Le rapport au temps sachant qu’un calendrier d’une année de Terminale est pour le moins contradictoire ( Bacs Blancs , orientation , la diversité des approches selon les disciplines …)
  • Il y en a quelques-uns. Ayant démarré l'expérience seul, la communication, la programmation, la gestion de l'espace, l'accrochage, la diffusion sont entièrement à ma charge. Il me semble que le fait de constituer une équipe permet d'alléger la charge et de diminuer la lassitude ou la fatigue dans la durée. Cependant, cela impose plus d'échanges, de réunions qui alourdissent aussi le travail.
    C'est l'investissement qui demande de l'énergie et le fait de ne pas compter les heures. En dehors de l'estime éventuelle de son administration, il n'y a pas de reconnaissance par l'institution, sûrement pas financière (j'ai cependant pu toucher une HSE par le passé quelques années). Cela doit être un projet d'établissement auquel le principal, gestionnaire, les collègues adhèrent.
  • Il faut sans cesse relancer, cela est pénible. La capacité de mobilisation est très variable, d'une direction à l'autre (5 changements complets de direction (proviseur, adjoint, principal)). Cela finit par épuiser. Le lieu doit être centré, visible dès l'accueil si possible. L'espace doit être très lumineux et pratique pour les accrochages. A ce propos, il est indispensable de bien échanger et travailler avec le gardien, le cuisinier (vernissage), le personnel d'entretien...qui sont sollicités.
  • Avant tout, le problème de l’espace : trouver, aménager un lieu. Ensuite bien sûr celui du budget. Enfin, l’investissement humain et le fameux temps passé et donner de son temps sans compter.
Quels sont les éléments nécessaires pour faciliter et encourager les propositions d’ouverture de galeries d’établissement ? )(Financement, partenariat, réseau, formation …)
  • Nous n'avons pas de financement spécifique pour équiper la galerie, c'est un réel handicap!
  • Le réseau des galeries des lycées pour des co-productions me semble une très bonne idée.
  • Travailler avec quelques collègues et sa direction.
  • Négocier un budget – s'appuyer éventuellement sur le FSE qui permet une plus grande souplesse dans les dépenses (équipement, frais d'expo ou de partenariat, frais de représentation, transport…)
  • Pouvoir percer les murs (et reboucher ensuite), pour cela les murs de placoplâtre sont quasi indispensables.
  • Constituer un solide dossier susceptible d'accrocher les décideurs...Avoir soi-même une connaissance du milieu artistique , chercher des soutiens financiers (FSE(à l'époque)).
  • Partir d’un projet « porteur et mesuré » et le proposer.
  • La double compétence du professeur médiateur :
    • mesurer, envisager, convaincre d’un côté, l’établissement (le lieu de la galerie, les projets, la médiation et les questions de financement).
    • de l’autre côté, rencontrer, solliciter, les partenaires, les artistes….
Selon votre expérience, quels sont les interlocuteurs privilégiés dans l’installation d’une galerie à vocation pédagogique ?
  • Le chef d’établissement et l’intendant.
  • L’inspecteur et le chef d’établissement.
  • L’IPR , le rectorat , l’École des Beaux-Arts de Nantes , le service pédagogique du Musée d'art de Nantes …
  • Le principal (ou proviseur), le gestionnaire, l'agent technique (ou l'équipe mobile). Un budget de fonctionnement est indispensable. Et les collègues aussi !
     
  • La direction de l'établissement, l'intendant, les élus du CA.
  • En mettant à part les professeurs impliqués, sans hésitation les médiateurs culturels et les artistes.
Galerie virtuelle
Avez-vous une rubrique sur l’espace e-lyco dédiée à la galerie et aux expositions présentées ?
  • L'établissement dispose en effet sur son ENT d'un espace réservé pour la galerie. C'est important pour assurer la communication...Plusieurs documents sont édités sur e-lyco, un site spécifique pour l’option arts plastiques est en cours d’élaboration conçu par un étudiant en BTS tourisme de l’établissement ancien élève de l’option arts plastiques.
  • Oui, la page e-lyco ouvre sur un site spécifique dédié aux Arts plastiques, à la galerie et expositions présentées. Cet espace virtuel est complémentaire et permet de garder une mémoire des évènements et autres expositions.
  • Oui, mais c'est un point à améliorer. Je ne mesure pas encore l'impact de celle-ci dans ma pratique d'enseignant et sur celle des élèves même si la visite d'autres galeries virtuelles accessibles de l'espace pédagogique commence à m'éclairer sur ce point. Je vais m'y pencher très vite !
     
  • Oui, l'e-lyco a une rubrique sur la galerie accessible directement. Les articles sont remontés directement en page d'accueil pour une meilleure visibilité et surtout une actualité rafraichie.
  • En projet en collège comme en lycée car la galerie « réelle », c’est déjà du temps !
Avez-vous imaginé des expositions virtuelles avec les élèves ? 
(Apprendre de la monstration et de la diffusion des productions des élèves et des œuvres des artistes avec des moyens numériques)
  •  Oui, c’est en cours. 
  •  Non pas encore, mais c’est une piste qui m’intéresse et que je vais tester!
  •  Oui sans numérique (schéma des murs de la galerie à l'échelle et reproductions des œuvres à la même échelle pour un travail de projet d'accrochage). Je projette d'utiliser le Mumo du Frac (même idée mais développée sous forme numérique). Un mur d'exposition virtuel et numérique sur Padlet est en construction (analyse d'œuvres faites par les élèves et présentées sur le mur collectif).
  •  Oui de manière expérimentale : le faire c’est du temps et un minimum de moyens techniques. Mais un groupe d’élèves, en collège ou en lycée pourrait parfaitement administrer une galerie ou un espace multi-média arts plastiques.
  •  Oui. Les ressources publiées sur InSitu m'ont aidé dans ce sens, et c'est très simple finalement de le penser en termes d'affichage en ligne et de visu en classe asur les murs. En somme c'est complémentaire de ce qui est vu en classe et je  demande des recherches personnelles et plus approfondies à la maison. (voir les ressources sur le TRAAM ICI)
Existe-il sur e-lyco un espace pour la diffusion de œuvres dans des espaces numériques ? (Mini musée, rencontres avec des œuvres…)
  •  Notre e-lyco est encore en chantier, mais il y a un espace pour les arts plastiques avec une page dédiée à l'actualité de la galerie. Il s'agit de garder une trace et une mémoire, car les élèves, et nous aussi, on oublie vite... Ici sont affichées des images des expositions passées. Année aprés année. C'est d'ailleurs complémentaire du classeur installé en salle des professeurs, avec les archives des expositions et autres rencontres avec des artistes. C'est aussi pour préparer leur oral du PEAC lors du DNB.
  •  Oui, présentation de productions d'élèves. Construction en cours d'un mini musée avec Padlet (analyses d'œuvres par les élèves), rubrique " rencontre avec les œuvres" (à l'extérieur et à l'intérieur de l'établissement).
  • Oui, c'est devenu indispensable à mon ensseignement pour garder une trace de ce qui est vu et reconnu en tant que culture artistique (en voir plus ici).
  • Un travail avec les élèves ULIS a été mené dans ce sens pour permettre à tout le collège d'avoir un musée idéal. (en voir plus ici).
  • La galerie Virtuelle permet de consoliderla culture artistique. C'est une séance que je reprends tous les ans. (en voir plus ici).
  • Cela permet de valoriser les productions des élèves. Je videoprojete la page galerie virtuelle lors des portes ouvertes et les parents peuvent ensuite, de chez eux, revoir les travaux d'élèves et ainsi avoir une vision plus élargie de mon enseignement (en voir plus ici).
Ont contribué à l'élaboration de ce dossier :  Frédéric BRAUX, Thierry FROGER,  Jean-François MASSON, Virginie MICHEL, Daniel SAGE, Stéphane TELLIER, Christian FERRY, Jérome CLERAN, Hélène SCHUBLER, Hélene VILLAPADIERNA, Luc PASCOET, Sandra GEORGET, professeurs d'arts plastiques

Emmanuel GAUTIER, chef d'établissement, collège Jean Lurcat, Angers

Piloté par Jean-Pierre MARQUET, Inspecteur d'Académie Inpecteur Pédagogique Régional d'Arts Plastiques de Nantes,

et accompagné par Christian VIEAUX et Philippe GALAIS, Inspecteurs Généraux de l'Education Nationale, enseignements et éducation artistiques.