Espace pédagogique

Du geste banal au geste artistique

Le corps de l’artiste, son geste, son action. Comment l’art peut révéler de manière poétique ou critique le sens caché de nos gestes les plus élémentaires ?

Cette séquence a pour objectif d'encourager les élèves à percevoir le corps, pas seulement comme un outil physique, mais comme un instrument expressif capable de véhiculer des idées et des émotions.

En explorant la performance, ils découvrent comment chaque mouvement, chaque posture, chaque rythme peut être chargé de signification.

Très tôt les élèves comprennent l'engagement physique de l'artiste et les répercussions de ses actions et gestes dans son œuvre mais dans un premier temps ils ne l’envisagent que comme le moyen de créer l’objet artistique :
le peintre peint par un travail d’amplitude ou au contraire dans la maîtrise pour créer son tableau, le sculpteur taille, modèle, façonne pour créer sa sculpture.

Ici il s’agit leur faire comprendre que l’action de l’artiste peut devenir l’œuvre, l’artiste transformant chaque mouvement et geste en une déclaration visuelle ou auditive qui interpelle, en utilisant son corps comme un médium vivant pour exprimer des idées complexes, souvent en défiant les conventions sociales ou pour révéler la poésie cachée dans la simplicité du quotidien.
Ainsi, le geste artistique transcende son aspect physique pour devenir une exploration des sentiments humains, une critique sociale, ou une invitation à la rêverie.

Enfin il était important d’amener les élèves à se questionner sur l'utilisation des techniques numériques, telles que la vidéo ou la photographie, qui permettent ici de capturer ces moments éphémères et de les immortaliser, offrant ainsi au spectateur une nouvelle perspective sur le geste artistique.
Ces médiums deviennent des témoins silencieux de l'intention de l'artiste, permettant de revisiter et de réfléchir sur l'impact de l'œuvre bien après sa création initiale.


Pour commencer, lors de la première séance, l’incitation Du geste banal, au geste remarquable, au geste artistique est projetée au tableau.

Par petits groupes de trois ou quatre, et à l'aide d'une fiche de démarche à compléter, les élèves commencent par s'interroger sur la nature d'un geste banal.
Ils définissent celui-ci comme un geste quotidien que l'on réalise si fréquemment qu'il devient automatique
(manger, boire, s'habiller, parler, jouer, écrire…).

Ils soulignent ensuite que le terme « banal » s'oppose à celui de « remarquable » : lorsque le geste est banal, il passe inaperçu et n'éveille aucune surprise.
 

Ils abordent alors la deuxième partie du questionnement :

Comment transformer leur geste banal en un geste remarquable ?

Comment surprendre le spectateur en rejouant autrement leur geste ?

Les notions de répétition, d’exagération, d'absurdité sont alors évoquées.


 
Puis nous nous réunissons en groupe classe pour répondre à la dernière étape du questionnement :

Comment transformer leur geste en un geste artistique ?

Ils s'interrogent plus largement sur ce qui fait œuvre :

À quel moment quelque chose qui n'est pas intrinsèquement artistique devient-il une œuvre ?

Collectivement, ils parviennent à la conclusion qu'un geste acquiert une dimension artistique lorsqu'il véhicule un sens, un message ou une critique. Ce dernier peut être engagé, poétique et susciter une émotion chez le spectateur, qu'elle soit d'inconfort ou d'amusement par exemple.

 Lors de la verbalisation nous appuyons sur la notion d’œuvre éphémère et de l’importance de la captation dans les performances, tout en soulignant que la vidéo ou la photographie ne constitue pas l'œuvre en elle-même, mais uniquement une trace à conserver en mémoire.
 


 

Geste banal

" Effacer le tableau, c'est un geste qu'on voit tous les jours, à chaque heure de classe. "
 
 
 

Geste remarquable

" On a exagéré le geste, pour cela on a utilisé deux brosses et on a fait de grands gestes très rapides. "
 
 

Geste artistique

" Pour rendre le geste artistique, nous avons fait apparaître un message en effaçant. Nous voulons évoquer le racisme en jouant avec le noir du feutre et le blanc du tableau. "
Références

Nous regardons un spot publicitaire réalisé pour La Fondation pour l'enfance, qui a lancé une campagne contre la gifle

Ce spot montre un enfant giflé par sa mère, et la scène est ensuite projetée au ralenti pour montrer l'impact émotionnel et physique ressenti par le petit garçon. Les élèves réagissent avec vivacité : lors du visionnage, certains rient au moment de la gifle, puis expriment un malaise par la suite. Ils prennent conscience que le ralenti met en lumière la violence de ce geste, déformant le visage de l'enfant d'une manière à la fois caricaturale et pourtant réelle. La gifle, qui n'a duré qu'une seconde et pourrait sembler insignifiante, ne l'est en réalité pas du tout.

Enfin nous visionnons un extrait de la performance de Marina AbramovicArt Must Be Beautiful, Artist Must Be Beautiful, 1975.

Les élèves découvrent l’artiste armée d'une brosse et d’un peigne métallique, qui se coiffe en répétant : "Art must be beautiful, artist must be beautiful", tantôt doucement, tantôt avec rage. À force de reproduire le même geste, elle heurte sa tête avec la brosse, blesse son visage et s'arrache des cheveux. Je précise aux élèves que la performance, filmée, dure quarante-cinq minutes. Ici, l'activité cosmétique et routinière du démêlage de cheveux révèle une violence inattendue. Un élève réagit « L’artiste veut dire qu’il faut souffrir pour être belle ». Une autre prend la parole « Peut-être qu’avec son geste l’artiste veut plutôt dénoncer que les femmes subissent la pression de la société : elles doivent être minces, sans imperfection, toujours bien coiffées mais finalement elles souffrent ».

 
Progression spiralaire

Cette séquence s'inscrit dans une progression spiralaire qui interroge plus largement le lien entre l'œuvre et le corps.

En classe de sixième, les élèves réfléchiront à la manière dont le geste peut à la fois révéler la présence de l'artiste dans son œuvre et exprimer les émotions qui le traversent.

En cinquième, ils exploreront la notion de déplacement du spectateur au sein de l'œuvre et comment ce mouvement peut être intégré dans le processus artistique pour impliquer le spectateur dans une expérience sensorielle.

Enfin, en troisième, les élèves se pencheront sur la façon dont les œuvres contemporaines peuvent opérer un glissement du spectateur (celui qui observe) en acteur (celui qui crée) afin d'interroger ou de susciter des relations interhumaines telles que la coopération.

 

Geste banal

Geste remarquable

Geste artistique

 

" Ecrire, on le fait tous les jours au collège. "

" En écrivant sur le mur, on fait quelque chose d'habituellement interdit qui sera sûrement remarqué ; et en plus nous avons mal orthographié le mot. "

" Pour notre geste artistique, on voit plusieurs mains empêcher le bras d'écrire le mot Liberté. Dans certains pays, la liberté d'expression n'existe pas. Dans notre pays, nous avons la chance de pouvoir nous exprimer comme nous le voulons. "

"Attacher sa ceinture est un geste habituel."

" Qu'une personne serre la ceinture d'une autre de manière exagérée et serrée, c'est bizarre. "

" Ici nous voulions faire comprendre au spectateur qu'il faut s'accepter tel qu'on est, ne pas se sentir complexé à cause des autres. "

" Balayer les mots liés à la pollution. "

" Enfiler une chaussure à deux pour évoquer la pauvreté. "

" Boire avec un verre percé pour dénoncer le gaspillage d'eau alors que certaines personnes dans le monde n'en ont pas. "

Information(s) pédagogique(s)

Niveau :
Cycle 4, 4ème
Type pédagogique :
leçon
Public visé :
enseignant
Contexte d'usage :
classe
Référence aux programmes :

L'œuvre, l'espace, l'auteur, le spectateur
La relation du corps à la production artistique “l’implication du corps de l’auteur ; les effets du geste; la lisibilité du processus de production et de son déploiement dans le temps et dans l’espace : traces, performance, théâtralisation, évènements, œuvres éphémères, captations"