- tous niveaux
- non précisé
- non précisé
Les maths, c’est quoi pour vous ?
Une réflexion du groupe pour travailler sur le thème « comment faire évoluer les représentations mathématiques des élèves pour favoriser leur engagement et leur réussite ? ».
Introduction - Problématique
Notre laboratoire de mathématiques a vu le jour en janvier 2025, avec pour problématique générale : « comment faire évoluer les représentations mathématiques des élèves pour favoriser leur engagement et leur réussite ? ».
Cette question est volontairement large, et comme nous sommes nombreux (20 professeurs de mathématiques dont une grande majorité participe au laboratoire), nous l’avons déclinée en deux sous-thèmes :
- La représentation que les élèves ont des mathématiques en tant que discipline
- La représentation qu’ils ont de certains objets ou concepts mathématiques, comme les fractions.
Dans les deux cas, l’objectif est de mettre en place des actions qui permettent de comprendre ces représentations, et surtout de les questionner et les faire progresser. Ces actions ont pris la forme :
- D’une enquête réalisée auprès des élèves (pré-bac) de notre cité scolaire sur la manière dont ils se représentent les mathématiques,
- D’un travail en classe sur les résultats de cette enquête,
- De la création d’une gazette mathématique dans le lycée et d’un espace numérique dédié aux mathématiques.
La grande enquête sur la représentation des mathématiques
L’enquête a vu le jour le 6 mars 2025 sur l’espace Pronote de notre lycée. Nos élèves ont eu presque un mois pour y répondre. Cette enquête a été relayée en classe par les professeurs de mathématiques des élèves, et à défaut, par les professeurs principaux. Nous avons recueilli 1072 réponses sur les 1828 élèves concernés, soit un taux de réponse avoisinant les 60 %.
Nous avons ensuite procédé à une analyse statistique des résultats obtenus. Un premier tri à plat nous a indiqué le profil des élèves ayant répondu par niveau et par genre. Les filles ont beaucoup plus répondu que les garçons, même en tenant compte de leur représentativité dans l’établissement, et mis à part les secondes qui ont répondu massivement, les élèves de voie technologique, pourtant plus nombreux, ont beaucoup moins répondu que ceux des filières générales.
Bilan de l’enquête par le labo
Les mots-clés (verbes d’action et adjectifs) nous ont grandement renseignés sur la manière qu’ont les élèves de percevoir les mathématiques, comme une matière technique et difficile mais intéressante, et dont l’utilité pour la société est majoritairement affirmée. Le plaisir de faire des mathématiques n’est pas le sentiment majoritaire chez nos élèves, et seulement la moitié s’y sentent en réussite. Cette réussite dépend d’après eux davantage du travail que du talent, et beaucoup estiment être en capacité de progresser.
Ces derniers éléments nous ont semblé constituer un point d’appui pertinent pour communiquer avec nos élèves en cours de mathématiques : puisque selon eux, la réussite est fonction de leur travail et qu’ils se sentent en mesure de progresser, la clé réside dans les efforts qu’ils vont accepter de fournir !!
Nous avons ensuite approfondi notre analyse statistique des résultats de l’enquête, pressentant à travers les données récoltées un réel biais de genre. Nous avons réalisé une analyse multivariée, plus précisément une ACP (Analyse en Composantes Multiples), qui est une forme d’AGD (Analyse Géométrique des données). Ces techniques permettent de visualiser en deux dimensions un nuage de points (qui correspondent aux individus statistiques considérés) possédant un grand nombre de paramètres, c’est-à-dire de coordonnées. Les axes de projection dans le plan de ce nuage sont calculés par un logiciel en suivant des règles statistiques précises, visant à maximiser les espaces entre les points. Cette analyse a produit le diagramme suivant :
Ce diagramme a confirmé notre intuition initiale : les filles (en bleu) expriment globalement moins de plaisir et une moindre réussite dans la matière. Les mots-clés qu’elles choisissent démontrent également leur perception plus négative de la discipline. Sans surprise, le niveau Terminale générale avec spécialité mathématique se situe majoritairement dans le coin en haut à gauche, soit dans le plaisir et la réussite, tandis que certains niveaux du secteur technologique sont à l’opposé. Plus étonnamment, nos Terminales « Maths complémentaires » expriment dans l’ensemble peu d’enthousiasme pour la matière. Ceci tend à indiquer que beaucoup choisissent l’option davantage par nécessité que par goût.
Travail en classe sur les résultats de cette enquête
Les résultats de cette enquête ont également formé un support de réflexion pour nos élèves de 1ère générale dans le cadre du chapitre « Analyse de l’information chiffrée » du programme de l’enseignement spécifique en mathématiques (élèves SANS spécialité). L’expérience décrite ci-après a été réalisée dans une classe de 32 élèves, en salle informatique (20 postes), par groupes de 4 à 6 élèves.
L’objectif était d’utiliser l’outil informatique pour représenter des diagrammes, des graphiques, des tableaux, tel que le préconisent les programmes de ce niveau, et également dans le cadre de l’acquisition des compétences PIX. La consigne donnée était de créer une affiche constituant une synthèse de l’enquête en proposant une visualisation graphique réalisée avec l’outil informatique ou à la main, puis d’interroger les élèves sur leur interprétation des résultats de ce sondage. Nous présentons ci-dessous quelques-unes des affiches les plus réussies.
Les affiches sélectionnés
Ces affiches ont ensuite été le support de discussions informelles dans les groupes autour des résultats du sondage. Les questions posées par l’enseignante pour animer les échanges ont été les suivantes : êtes-vous d’accord avec ces résultats ? Comment peut-on les interpréter ? Qu’est-ce qui d’après vous permet la réussite en mathématiques ? Les élèves ont aisément pris la parole pour exprimer leurs idées sur ces sujets.
Nous pensons que cette expérience peut être généralisée à d’autres niveaux de classe, notamment en seconde, en cours de mathématiques ou en vie de classe, pour interroger la place des mathématiques dans la scolarité des élèves et l’importance du travail fourni pour la réussite de toutes et de tous.
Création de la gazette mathématique du lycée
A l’automne 2025, une partie de l’équipe du laboratoire a mis au point le premier numéro d’une gazette mathématique intitulée « Maths moi si tu peux », paru le 14 novembre 2025. Ce premier numéro a été entièrement rédigé par les professeurs de mathématiques, MAIS avec vocation à faire contribuer le plus possible les élèves à terme.
Maths moi si tu peux - Novembre 2025
Ce périodique à parution aléatoire vise à faire évoluer la représentation qu’ont les élèves des mathématiques, en promouvant la culture mathématique et ses aspects scientifiques, historiques et ludiques. Nous l’avons diffusé à toute la communauté éducative – élèves, étudiants, parents, professeurs, personnels – via Pronote. Des emplacements stratégiques ont été ciblés pour une diffusion sous format papier, tels que les halls, la vie scolaire, le CDI, l’infirmerie, les salles des professeurs et les salles de classe de mathématiques.
A la suite de cette première parution, nous avons réalisé une enquête, diffusée le 24 novembre 2025 sur Pronote à nos élèves et étudiants. L’objectif était de mesurer l’impact et la réception de cette gazette auprès d’eux. Nous souhaitions en particulier recueillir leurs avis sur le fond et la forme du premier numéro afin de pouvoir procéder à des ajustements sur le numéro suivant si nécessaire. Nous cherchions également à repérer d’éventuels volontaires pour contribuer à la rédaction du journal. Le texte de l’enquête et les résultats obtenus figurent dans le document ci-après.
Nous avons pu recueillir 85 réponses, dont 29 ayant lu le premier numéro, et 17 exprimant l’intention de le faire par la suite. Mieux, nous avons récolté les noms de 3 élèves volontaires pour contribuer à la gazette. Comme dans la première enquête, nous avons reçu davantage de réponses féminines, et majoritairement de la part des élèves de première.
Les élèves ont souligné des aspects positifs de notre gazette : ils l’estiment globalement intéressante, sa lecture leur apprend quelque chose, et certaines rubriques semblent particulièrement appréciées, comme l’actualité - dans le premier numéro, un portrait de la jeune mathématicienne Hannah Cairo – le chiffre du mois ou les énigmes, mais aussi le kit de survie et l’histoire des maths. Ils ont également relevé des points à améliorer, tels que le mode de diffusion, le format, et certains contenus.
Implication des élèves (et pas que) dans le projet
A la suite de ce sondage, nous avons contacté les élèves volontaires pour contribuer à la gazette et qui avaient accepté de donner leur identité. Nous les avons réunis sur un temps du midi, en invitant de nouveau tous les élèves du lycée à se joindre à nous. Quatre sont venus à la réunion : deux filles de seconde, un garçon de 1ère spécialité mathématiques et un étudiant en BTS Aéro.
Les premiers échanges avec eux et les conseils qu’ils nous ont donnés nous ont permis d’ajuster le mode de diffusion du périodique : la gazette est désormais hébergée sur une page dédiée du site public de l’établissement, accessible à tous les visiteurs du site sans connexion. Des QR codes renvoyant à la version numérique du journal ont été affichés dans de nombreux emplacements stratégiques, tels que les halls, la vie scolaire, et les couloirs de mathématiques.
Lien : https://aristide-briand.paysdelaloire.e-lyco.fr/laboratoire-de-mathematiques/gazette-mathematiques/
Nous avons revu ces élèves régulièrement sur des temps dédiés, et nous les avons progressivement impliqués dans les choix éditoriaux et même dans la rédaction de certains articles. Un élève de 1ère a rédigé plusieurs articles, l’un sur les jeux de hasard et l’autre sur la « shrinkflation ». Suite à un travail maison, un autre élève de spécialité de 1ère, qui ne vient pourtant pas aux réunions, a soumis un article sur la suite de Conway. L’une des secondes a préparé un kit de survie sur les puissances très bien conçu. Sa camarade ainsi que l’étudiant en Aéro proposent régulièrement des énigmes. Une élève travaille aussi à un article sur le métier d’un de ses amis « ajusteur de précision », qui utilise beaucoup de trigonométrie dans sa pratique professionnelle quotidienne.
La collaboration avec les élèves, ainsi qu’avec nos collègues de l’établissement, nous a permis d’écrire trois nouveaux numéros de notre gazette (voir ci-dessous), jusqu’au tout dernier sorti début juin 2026. Celui-ci consacre un grand article à la forme mathématique du ballon de football, coupe du monde oblige ! Cet article a été rédigé par un membre de l’équipe de mathématiques externe au comité de rédaction de la gazette. Notre accompagnatrice de laboratoire, la chercheuse Marianne Bessemoulin, a quant à elle proposé un article sur la mathématicienne Hong Wang (janvier 2026). Des collègues de physique nous ont suggéré l’énigme sur la circonférence de la Terre.
De manière générale, les discussions vont bon train en salle des professeurs à propos de la gazette, où les enseignants de nombreuses disciplines commentent nos publications et se confrontent à nos énigmes.
Mathsmoisitupeux janvier 2026
Mathsmoisitupeux avril 2026
Mathsmoisitupeux juin2026
Bilan et perspectives
Nous ignorons encore si la création de notre journal réussira à modifier sensiblement et durablement la représentation qu’ont nos élèves des mathématiques. L’expérience menée cette année doit pour cela être poursuivie et sans doute étendue. Les outils d’enquête et d’analyse statistique que nous avons mis en place devraient nous aider à mesurer les effets de nos actions sur nos jeunes lectrices et lecteurs.
Nous réfléchissons désormais aux moyens de mieux intégrer ce nouvel objet qu’est la gazette dans nos pratiques de classe. Nous pouvons par exemple travailler sur une partie de nos publications – kit de survie, énigmes, chiffre de mois, etc. – avec nos classes. Cette année, des élèves de spécialité de Terminale se sont inspirées de l’article sur Maria Agnesi pour réaliser un exposé en cours de mathématiques. Les articles de la gazette peuvent ainsi constituer un vivier de ressources possibles pour les élèves, notamment dans la perspective de la préparation au Grand Oral.
Nous envisageons aussi d’expérimenter des séances de rédaction d’articles dans nos classes. Il peut s’agir d’un travail bilan sur une notion – sous la forme d’un « Kit de survie » – à un niveau choisi, d’une ouverture culturelle en fin de chapitre, par exemple en histoire des mathématiques, ou encore d’un travail sur un métier dans le cadre d’une vie de classe consacrée à l’orientation. Ces séances pourraient bénéficier des apports de notre accompagnatrice ainsi que du dispositif des visites mutuelles.
A la rentrée prochaine, nous projetons de monter un club de mathématiques pour nos élèves au lycée. Une fois n’est pas coutume, nous avons sondé nos élèves actuels sur Pronote pour estimer le nombre de personnes qui pourraient être intéressées par un tel projet. Sur les 336 élèves ayant répondu, 218 estiment qu’un tel club serait intéressant, et 55 des élèves restant dans l’établissement l’an prochain envisagent d’y participer. Ce résultat est suffisamment encourageant pour nous conforter dans l’idée de construire ce club.
Parmi les activités envisagées dans ce club, certaines emportent l’adhésion, comme la préparation aux études supérieures, l’approfondissement des notions de mathématiques au-delà des programmes, et la préparation aux concours types « Olympiades de mathématiques » ou « Concours général ». Nous avons également reçu beaucoup de réponses favorables à l’idée de dispenser du soutien scolaire dans ce club, mais nous ne conservons pas cet objectif, ayant déjà des dispositifs de cet ordre au lycée. Un tiers des répondants sont favorables à des recherches de problèmes mathématiques et à s’ouvrir à la culture mathématique. « Seulement » 44 d’entre eux estiment que l’on pourrait y rédiger des articles pour la gazette, mais ce nombre nous apparaît comme largement suffisant pour constituer un nouveau vivier de contributrices et contributeurs !
Nous entrons donc dans l’été la tête pleine de nos expériences de l’année et de nos projets à venir. En attendant la suite de nos aventures, nous vous invitons à « surfer sur les maths cet été ! ».