- 6ème
- Cycle 3
- leçon
- enseignant
- classe
Petites bestioles
Expérimenter le travail de volume à partir d'éléments hétéroclites.
« Les objets eux-mêmes, leurs formes et leur texture me donnent souvent la clef de ma vision. [...] Je trouve une selle et un guidon dans la rue et je pense " Tiens, un taureau ". Tout le monde regarde l'assemblage que j'ai exécuté et remarque " Tiens, un taureau ". Jusqu'au moment où un cycliste passe et se dit " Tiens, une selle ". [...] Je passe de la métaphore à la réalité. Je rends cette réalité tangible, en usant ainsi de la métaphore. [...] J'éveille une nouvelle émotion dans l'esprit du spectateur. C'est que, momentanément, je bouleverse sa façon conventionnelle d'identifier, et de définir ce qu'il voit. J'engage l'esprit du spectateur dans une direction qu'il n'avait pas prévue [...]. »
Pablo Picasso cité dans Françoise Gilot et Carlton Lake, Vivre avec Picasso, Paris, éd. 10/18, 2005, p. 293.
À l'origine de la leçon
Afin de trouver la problématique, il a été nécessaire de mener une réflexion sur quatre œuvres :
En 1941, Pablo Picasso assemble une selle et un guidon transformant ainsi notre vision habituelle de ces objets. Ces derniers sont choisis et associés de par leur forme et deviennent une Tête de taureau. Ils ne subissent aucune intervention de l'artiste qui les laisse tels qu'il les a trouvés. Cette œuvre témoigne à la fois d'une grande simplicité et de la dimension sensible et imaginaire que peuvent acquérir ses objets banals par la pratique de l'assemblage.
Plus tard, en 1951, avec une technique un peu différente, Picasso intègrera à nouveau des objets dans ses sculptures, telles les deux petites autos utilisées pour La Guenon et son petit. Seule la forme des autos apparaît dans la sculpture finale car l'assemblage est ensuite recouvert de plâtre et de céramique. L'insertion d'objets dans une sculpture modelée par l'artiste renvoie au réel, mais dans le même temps comme ils sont décontextualisés, détournés, ils nous en éloignent pour nous plonger dans l'imaginaire.
Avec la Nouvelle sculpture anglaise des années 1980, et plus particulièrement l'artiste Bill Woodrow, l'objet non artistique est de nouveau travaillé. L'œuvre Crow and Carrion (1981) démontre comment il procède : deux parapluies sont associés après quelques transformations, l'un devenant par l'action du pliage, un corbeau, l'autre, par l'action du découpage, une silhouette de « charogne », mi-animale, mi-humaine. La disposition des deux objets ajoute une dimension narrative à ces transformations : nous voyons le corbeau s'attaquant à cette proie étrange. Ces deux temps, celui de la manipulation des objets (par une série d'actions) et celui de leur assemblage, nous intéressent car ils seront à expérimenter par les élèves.
Dans le même mouvement artistique, l'artiste Tony Cragg utilise dans l'œuvre Palette (1985) des objets et fragments d'objets pour représenter une palette comme l'indique le titre. Cette œuvre est un peu différente des trois autres citées ci-dessus puisqu'il ne s'agit pas réellement d'assemblage. Elle présente cependant l'intérêt de mettre en évidence certains des critères selon lesquels les élèves choisiront et associeront leurs objets et matériaux : leurs formes, leurs couleurs, leurs dimensions, leurs textures.
En 1941, Pablo Picasso assemble une selle et un guidon transformant ainsi notre vision habituelle de ces objets. Ces derniers sont choisis et associés de par leur forme et deviennent une Tête de taureau. Ils ne subissent aucune intervention de l'artiste qui les laisse tels qu'il les a trouvés. Cette œuvre témoigne à la fois d'une grande simplicité et de la dimension sensible et imaginaire que peuvent acquérir ses objets banals par la pratique de l'assemblage.
Plus tard, en 1951, avec une technique un peu différente, Picasso intègrera à nouveau des objets dans ses sculptures, telles les deux petites autos utilisées pour La Guenon et son petit. Seule la forme des autos apparaît dans la sculpture finale car l'assemblage est ensuite recouvert de plâtre et de céramique. L'insertion d'objets dans une sculpture modelée par l'artiste renvoie au réel, mais dans le même temps comme ils sont décontextualisés, détournés, ils nous en éloignent pour nous plonger dans l'imaginaire.
Avec la Nouvelle sculpture anglaise des années 1980, et plus particulièrement l'artiste Bill Woodrow, l'objet non artistique est de nouveau travaillé. L'œuvre Crow and Carrion (1981) démontre comment il procède : deux parapluies sont associés après quelques transformations, l'un devenant par l'action du pliage, un corbeau, l'autre, par l'action du découpage, une silhouette de « charogne », mi-animale, mi-humaine. La disposition des deux objets ajoute une dimension narrative à ces transformations : nous voyons le corbeau s'attaquant à cette proie étrange. Ces deux temps, celui de la manipulation des objets (par une série d'actions) et celui de leur assemblage, nous intéressent car ils seront à expérimenter par les élèves.
Dans le même mouvement artistique, l'artiste Tony Cragg utilise dans l'œuvre Palette (1985) des objets et fragments d'objets pour représenter une palette comme l'indique le titre. Cette œuvre est un peu différente des trois autres citées ci-dessus puisqu'il ne s'agit pas réellement d'assemblage. Elle présente cependant l'intérêt de mettre en évidence certains des critères selon lesquels les élèves choisiront et associeront leurs objets et matériaux : leurs formes, leurs couleurs, leurs dimensions, leurs textures.
Comment les artistes utilisent-ils les objets non artistiques ?
Cette question ici ne concerne que la sculpture d'assemblage.
Les objectifs
Ces quatre œuvres à l'origine de cette séance, ouvrent plusieurs pistes à explorer avec les élèves, en lien avec le programme de sixième et qui deviendront les objectifs de ce cours :- Découvrir (en partie) la place de l'objet non artistique dans l'art.
- Explorer sa dimension narrative, poétique, sensible et imaginaire.
- Tirer parti des matériaux pour engager une démarche créative.
- Expérimenter (tâtonner, utiliser le hasard) et choisir.
Ce que je souhaite que les élèves découvrent, apprennent, expérimentent
Les élèves ont expérimenté le travail de volume à partir d'éléments hétéroclites. Ils ont dû tirer parti des propriétés et des qualités plastiques de chaque objet et matériau (formes, couleurs, texture, souplesse, rigidité...). De plus, ils devaient se poser la question de la solidité et de la stabilité de leur réalisation et des actions qu'ils ont été amenés à effectuer pour y parvenir : attacher, coller, découper, tordre, tresser, emboîter...En dernier lieu, ils ont découvert la place et le rôle qu'occupe (pour une part) l'objet non artistique dans l'art.
Vocabulaire envisagé
La séance devrait permettre d'aborder le vocabulaire suivant :Volume, sculpture, assemblage, ronde-bosse, hétéroclite, équilibre, stabilité, fragilité, couleurs, texture, formes, relief, socle.
Le dispositif
Avec le contenu de votre pochette, fabriquez une " bestiole ".
Consignes : Votre réalisation devra être déplaçable.
La colle doit être invisible.
Pas de peinture, pas de scotch.
Une séance
Chaque élève se voit remettre une pochette contenant cinq ou six éléments différents. Les pochettes ne sont pas identiques d'un élève à l'autre pour deux raisons : cela permet, d'une part de varier les résultats, d'autre part de différencier les profils d'élèves, un objet plus insolite ou un matériau plus difficile à travailler sera par exemple remis à un élève plus "bricoleur".
Les objets et les matériaux sélectionnés pour ce cours sont tous propres, de petites dimensions, majoritairement bruts ou dans des couleurs « naturelles ». Ils ne comportent pas d'inscription, de motif dessiné, ou tout autre indice trop visible d'une fonction particulière. Il n'y a pas d'emballage ou contenant alimentaire, peu esthétiques généralement.
Il est indiqué aux élèves, en complément, qu'ils peuvent laisser de côté un objet ou un matériau qu'ils n'arrivent pas à inclure dans leur projet. Ils peuvent également échanger un élément avec un camarade si cela correspond à une idée précise. Ils peuvent aussi se resservir à volonté d'un matériau ou objet qu'ils ont eu dans leur pochette.
Quelques exemples de pochette - Matériel à disposition
- 1 carré noir, 1 carré de carton ondulé, 2 petits boutons blancs, 4 morceaux de fil de fer (10 cm), 2 moitiés de coquilles de noix, un morceau de tasseau de bois (15 cm).
- 1 carré noir, 1 carré rouge, 1 carré de calque, 2 boutons bruns, 2 morceaux de ficelle, 1 bouchon de liège.
- 1 carré noir, 1 carré de rhodoïd, 1 bande d'aluminium autocollant, 1 joint de chasse d'eau en caoutchouc, 4 cure-dents, 2 morceaux de fil de fer (20 cm).
Le matériel que l'on peut trouver pour l'ensemble de la classe :
Des papiers (carrés de 15 x15 cm) : noir et rouge (épais), kraft.Des cartons (15 x 15 cm) : lisses, ondulés, ou morceaux en relief de boîte d'œufs.
Des transparents (15 x 15 cm) : calque, rhodoïd.
Des brillants : aluminium, papier doré (l'aluminium autocollant est intéressant aussi).
Des tissus : toile de lin, de coton, jute...
Des liens : ficelle de chanvre, lin, jute (présentant des fibres séparables), raphia, laine, fil de fer.
Des matériaux végétaux : morceaux de bois (tasseaux rabotés), coquilles de noix, rotin.
Des petits objets : trombone, bouton, cure-dent, petite balle de caoutchouc, joint en caoutchouc, bouchon de liège...
Trois ou quatre pistolets à colle sont nécessaires pour qu'il n'y ait pas trop d'attente. Ils sont répartis à différents endroits de la salle pour que les nombreux déplacements se déroulent de manière fluide. Les consignes de sécurité concernant l'utilisation du pistolet à colle sont rappelées.
Trois pinces coupantes sont à disposition des élèves ainsi que tous les matériaux et objets pour qu'ils puissent se resservir si besoin.
La verbalisation
Il est demandé aux élèves d'un groupe de six tables de faire le vide afin qu'un grand drap noir y soit installé. Tous les élèves sont invités à y disposer leurs réalisations. Ces dernières sont mises en valeur par le drap noir. Le professeur peut les organiser en cercle pour que, lorsqu'on parle d'un travail en particulier, celui-ci soit placé au centre et que tous les élèves voient bien de quoi il s'agit.Des feuilles A3 et un marqueur sont disposés sur un coin de la table pour permettre de noter au fur et à mesure le vocabulaire donné par les élèves. Ce vocabulaire peut être affiché ensuite pour que les élèves l'utilisent pour expliquer leur travail à l'écrit.
La discussion s'engage pour définir précisément ce qu'ils ont réalisé : " des animaux, des réalisations en volume, des sculptures, des sculptures en assemblant, des assemblages ". Un élève fait remarquer qu'il y avait des travaux qui n'étaient pas vraiment en volume mais qui comportaient du relief.
Elle se poursuit sur l'utilisation des matériaux et des objets par rapport à leur animal : " on a choisi les matériaux pour leurs couleurs, leurs formes, leurs dimensions... ".
Ensuite les élèves ont énuméré collectivement les actions qu'ils ont effectuées : « on a coupé, plié, emboîté... ».
Enfin, ils ont parlé de la difficulté à réaliser quelque chose de stable et de solide, qui puisse se transporter facilement : " c'était pas facile de faire tenir les matériaux ensemble ", " mon cafard ne tient que sur trois pattes ".
A la fin de cette mise en commun, une discussion s'est ouverte sur le réalisme des réalisations. Une élève, Léa, faisant remarquer qu'elle n'avait pas réussi, selon elle, son cheval car il n'était pas réaliste, un autre élève lui répond que ça pouvait être imaginaire mais Léa ne semble pas satisfaite. Sa remarque fait écho à ce que pensent de nombreux élèves. Il y a un écart évident entre l'animal réel et celui qu'ils ont réalisé. Pourtant tous sont d'accord pour dire que la majorité sont reconnaissables. Il est intéressant ici de leur faire découvrir l'aspect poétique de leurs réalisations.
Les références artistiques
- Pablo Picasso, Tête de taureau, selle en cuir et guidon métallique, 1941, Musée Picasso, Paris.
- Pablo Picasso, La Guenon et son petit, 1951, céramique, deux petites autos, métal et plâtre, 56 x 34 x 71 cm, Musée Picasso, Paris
- Bill Woodrow, BW47, Crow and carrion, 1981, deux parapluies, 75 x 120 x 120 cm.
- Panamarenko, Raven's Variable Matrix, 2000, 200 x 300 cm.
- Panamarenko, Blauwe Archaeopterix, 1991, dimensions variables.
- Hubert Duprat, Sept tubes de Trichoptères, 1980-1997, or, perles, pierres précieuses et semi-précieuses, largeur : 2 cm, diamètre : 0,5 cm, Frac Lorraine.
- Les travaux de Nicolas Labadia
En deux dimensions, pour les réalisations qui ne sont pas vraiment en volume :
- Les œuvres de Daniel Tremblay par exemple.
Variation
Une autre proposition a été expérimentée avec une autre classe. Pour réduire les possibilités, il a été demandé aux élèves de fabriquer non pas un petit animal mais un insecte. Si cette proposition présente l'avantage pour certains élèves de ne pas hésiter trop longtemps pour savoir quel animal ils allaient faire, d'autres se sont sentis limités et ont hésité plus longtemps car leur première idée n'était pas de faire un insecte mais un autre genre d'animal.auteurs :
Nina Macias
Mots clés :
Information(s) pédagogique(s)
Niveau :
6ème, Cycle 3
Type pédagogique :
leçon
Public visé :
enseignant
Contexte d'usage :
classe
Référence aux programmes :
La représentation plastique et les dispositifs de présentation
Les fabrications et le relation entre l'objet et l'espace
La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l'œuvre
Les fabrications et le relation entre l'objet et l'espace
La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l'œuvre
Ressources associées
-
-
un insecte végétal
- Cycle 3
- Collèges tous niveaux
- 6ème
- analyse de pratique
- activité de recherche
- activité de découverte
- chef d'établissement
- enseignant
- parent
- AP
- EPI
- classe