Le premier projet de monument aux morts de Pornichet fut refusé par la Commission spéciale des Monuments aux morts pour la Patrie qui siégeait à Nantes.
Le premier projet de monument aux morts
La plupart des communes de la taille de Pornichet choisissent leur monument aux morts à partir des catalogues illustrés des nombreuses entreprises qui se sont spécialisées dans ce commerce bien particulier. Cet achat « sur plan », monsieur Bertoye, le maire, s'en méfiait-il ? Nul ne peut le dire avec certitude, mais il est avéré que c'est lors d'un voyage en automobile vers les Pyrénées, à Pâques 1921, qu'il prend sa décision : le monument de Pornichet (doc 4) sera le même que celui que la petite commune de Mirepeix, située entre Pau et Lourdes, vient de construire dans son beau marbre blanc.
Doc 4 : Plan du projet de monsieur Courrède ou projet 1, en 1921.
Ce plan, en mauvais état, est le seul exemplaire dont on dispose, de ce qu'aurait pu être le monument aux morts de Pornichet.
Tout semble aller pour le mieux : en juillet 1921, le maire obtient l'aval du Conseil municipal pour conclure rapidement ce chantier dont le coût paraît acceptable (les fameux 9000 francs qui ont servi de calcul pour la subvention).
S'ensuit une intéressante correspondance entre un maire enthousiaste et un entrepreneur carrier-marbrier, monsieur Courrède, résidant à Yzeste (Basses-Pyrénées) soucieux de lever tous les obstacles à la conclusion du marché. Le 16 septembre 1921, les ultimes modifications sont acceptées par l'entrepreneur qui, par retour du courrier, attend le devis signé par la municipalité (doc 5 recto-verso).
Doc 5 : 16 septembre 1921, lettre de l'entrepreneur Courrède au maire de Pornichet. Le marché est quasiment conclu et l'entrepreneur, confiant, aborde déjà la technique de pose.
Cependant, un dernier « détail » reste à régler pour Pornichet : obtenir l'aval de la toute puissante Commission spéciale des Monuments aux morts pour la Patrie, qui siège à la Préfecture de Nantes, et fait autorité pour tout le département de Loire-Inférieure. C'est l'instrument de l'État pour canaliser les projets des mairies. Le 24 octobre 1921, le couperet tombe : la Commission rejette le projet de Pornichet. Elle lui reproche un esthétisme lourdaud, et surtout, affirme sa préférence pour le granit de Bretagne au motif invoqué que le marbre des Pyrénées est « susceptible de s'altérer au contact de l'air salin » (doc 6).
Doc 6 : 24 octobre 1921, avis de la Commission des monuments commémoratifs.
C'est un document très important. Peu d'acteurs et un vocabulaire très administratif pour exprimer un refus catégorique à un projet que le maire de Pornichet portait depuis six mois.
Était-ce pour favoriser des entrepreneurs géographiquement plus proches ? Les nombreux exemples d'édifices en marbre, érigés sur la côte landaise, cités par des marbriers pyrénéens sidérés (doc 7 recto-verso), n'y changeront rien, et ce premier projet sera définitivement enterré.
Doc 7 : 23 février 1922, argumentation du comptoir d'exploitation et de vente des marbres des Pyrénées.
On peut imaginer la stupéfaction de monsieur Courrède, quand il reçut la lettre de monsieur Bertoye mettant en doute la qualité du produit. Sa première réaction fut de demander le soutien de ses amis pyrénéens marbriers. Réaction d'un homme honnête, sans doute, mais dans l'ignorance des exigences de la Commission nantaise.