Espace pédagogique

Témoignage: "roles/who does what?"

Témoignage: Tenir un rôle pendant le cours, cela peut être, pour des élèves de collège, un motif de fierté et un véritable levier de motivation. Comment et pourquoi répartir différents rôles pour mener à bien un cours d'anglais?

Proposition de Mme JORON Amandine, professeure d'anglais

La situation

Dans le but d’engager les élèves autant que possible dans ses cours, Mme Joron a choisi de leur attribuer un certain nombre de rôles qu’ils vont devoir tenir pendant chaque séance. Ces rôles sont variés, et ne se limitent pas à l’animation du rituel de lancement du cours. Par ailleurs, l’attribution de ces rôles donne lieu à d’intéressants échanges entre la professeure et ses élèves, dès l’ouverture de la séance.

Quels sont les rôles que vous attribuez habituellement ? Existe-t-il des rôles très particuliers que vous n’attribuez qu’à certains cours ?

Dans la modalité que j’ai choisie, les élèves ont 5 rôles à se répartir. Celui ou celle qui ouvre la séance demande à être le ou la secrétaire des rôles (qui va pointer qui fait quoi, en quelque sorte). Il ou elle va ensuite choisir parmi les autres élèves :
1) un·e assistant·e à l’ordinateur
 2) un·e secrétaire de tableau
 3) un·e gardien·ne du temps; et enfin
4) les élèves qui vont distribuer les feuilles pendant le cours.

Comment procédez-vous pour la répartition des rôles, est-ce vous qui décidez et désignez ? Les élèves doivent-ils faire ou dire quelque chose pour obtenir un rôle ?

Après les salutations, soit je demande : Who would like to be the roles secretary today?, soit la fiche est aimantée au tableau et ce sont les élèves qui me demandent: Can/ could I be the ‘roles secretary’ please?.

Pour obtenir un rôle, le ou la secrétaire des rôles doit ensuite interroger la classe : Who wants to be the computer assistant? / Who wants/ would like to hand out the worksheets? et libre à lui ou à elle de choisir parmi les volontaires, tout en s’assurant que ce ne soient pas toujours les mêmes.

Pouvez-vous détailler les missions associées à chaque rôle ?

Au préalable, j’édite un tableau avec la liste des élèves et les rôles. Grâce au secrétaire des rôles qui reporte les activités de chacun·e, je peux avoir une vue sur les élèves qui se portent volontaires régulièrement. Quand je constate que certains élèves ne se sont jamais portés volontaires pour quoi que ce soit, je surligne leurs noms. Ainsi, le secrétaire de séance est parfois invité à désigner un·e élève pour tel ou tel rôle.

L’assistant·e à l’ordinateur est en charge de faire l’appel et de « manœuvrer » le cours. Néanmoins, je supervise et vérifie que l’appel est fait correctement et je donne la cadence pour les changements de documents si besoin. En effet, tous mes cours sont prêts soit sur diaporama ou sur Canva, l’élève n’a donc plus qu’à faire défiler. Lors de l’étude d’audios ou de vidéos, les camarades sont amenés à lui demander de retourner en arrière. Je suis toujours surprise de découvrir que certains élèves détectent tout de suite les unités de sens dans les compréhensions de l’oral et qu’ils dirigent l’exercice comme des chefs d’orchestre.

Le ou la secrétaire de tableau/ séance se doit de noter le cours, ou les mots ou expressions qui serviront de trace écrite. Ce sont souvent des élèves très à l’aise en anglais qui se désignent. Il arrive aussi que ce soient des élèves pour qui l’écrit est un peu plus fragile. Cela leur donne l’occasion de travailler sur leur orthographe et de travailler l’entraide dans la classe avec par exemple : Can you help me please and spell…?/ You’re mistaken... you forgot an -e at the end of the word. / You should write…

Le gardien ou la gardienne du temps a pour mission de me rappeler qu’il ne reste que 10 minutes avant la fin du cours. Cela me permet d’ajuster ma leçon et eux d’utiliser l’expression There are 10 minutes left.

Enfin, il y a les élèves qui vont distribuer les feuilles aux camarades. Cela permet à certains élèves qui ont du mal à rester sur leur chaise de bouger en cours de séance, et à des élèves très timides ou issus de l’ULIS de s’investir dans le cours sans pour autant parler si c’est pour eux difficile.

Avez-vous une politique de valorisation de ces rôles ? Les élèves sont-ils évalués, ou auto-évalués ?

Cette implication dans le cours ne fait pas l’objet d’une évaluation à proprement parler, néanmoins j’évoque l’engagement en classe des élèves dans les appréciations de leurs bulletins.

Une grille pourrait cependant être facilement imaginée.

J’utilise ce dispositif depuis le début de l’année avec 3 classes de 4è et je rencontre un franc succès dans deux des classes : les élèves sont volontaires et se sentent valorisés de gérer certains aspects du cours. En revanche je n’utilise pas cette pratique avec mes 6è (à part la distribution des feuilles), mais plus volontiers avec les grands collégiens.

Si on s’appuie sur des volontaires, on sait que ce sont souvent les mêmes qui cherchent à obtenir des responsabilités, tandis que d’autres préfèrent se faire oublier. Comment contournez-vous cette difficulté ?

Effectivement, il arrive que l’on se retrouve souvent avec les mêmes volontaires. Comme évoqué précédemment, je surligne les noms des élèves qui n’ont adopté absolument aucun rôle pendant deux ou trois semaines. Ainsi, il m’arrive parfois de « forcer » un peu la main avec des élèves qui cherchent à se faire oublier ou, comme c’est parfois le cas, je demande en anglais au secrétaire des rôles de choisir des élèves qui n’ont pas encore fait. Il ou elle s’en charge à ma place : la « demande » ne vient pas de l’enseignant, mais d’un pair.

Comment êtes-vous venue, dans votre pratique professionnelle, à ce choix ? Est-ce que cela répondait à un besoin de votre côté ?

Lorsque j’étais étudiante, j’avais observé une collègue qui déléguait le début du cours à un Teacher’s assistant. J’avais adoré l’idée qu’un·e élève puisse prendre « le rôle du prof ». Puis, au cours de ma pratique, j’ai remarqué que les élèves étaient volontaires pour distribuer les feuilles, ce qui, au passage, me faisait gagner du temps (au lieu de distribuer moi-même et de passer dans les rangs).  Je me suis dit que je pouvais peut-être déléguer d’autres tâches et j’ai testé… et adopté ! Cela me laisse la possibilité de me déplacer dans la salle et de ne pas être derrière le bureau à tout gérer et/ou d’être bloquée au tableau.

Recommanderiez-vous cette pratique à des collègues ? Est-ce accessible à des collègues débutant·e·s à votre avis ?

Je pense que ce rituel est adaptable et utilisable par tous les collègues. Il faut cependant savoir lâcher du lest et accepter que le secrétaire des rôles mette du temps à lire le tableau et repérer les noms en tout début d’heure, que votre secrétaire de tableau rédige lentement. L’enseignant n’est plus tout à fait maître de la cadence, mais rien n’empêche de reprendre la main si cela devient compliqué.

En revanche, ce principe peut laisser une grande liberté de mouvement et de supervision de la classe : se poster à côté d’un·e bavard·e par exemple, vérifier que tout le monde se mette au travail, ré-expliquer à un·e élève qui n’arrive pas à démarrer son activité. Cela suppose cependant que le déroulé du cours soit prêt, à portée de main de votre computer assistant.

Pour les collègues qui hésiteraient à se lancer, il y a tout à fait possibilité de sélectionner un ou deux rôles pour tester et de déléguer davantage avec le temps selon l’accueil des élèves.
 

Y a-t-il de la lassitude qui s’installe au bout d’un moment ? De votre côté, comme du côté des élèves ?

Comme toute pratique répétitive, il y a quelquefois de la lassitude. J’utilise le Who does what? quand je suis au cœur de mes séquences. Dès que j’atteins le stade de la préparation des tâches finales et des évaluations, je fais une pause avec ce rituel.

Et puis, si je constate que cela devient laborieux, je change pour en adopter un autre. Il faut savoir rester flexible.

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Mme Joron enseigne l’anglais au collège Isabelle Autissier de Nort-sur-Erdre (44). Elle s’intéresse notamment au développement de l’autonomie des élèves et aux stratégies pédagogiques pour y parvenir.

Information(s) pédagogique(s)

Niveau :
tous niveaux
Type pédagogique :
scénario, séquence
Public visé :
enseignant
Contexte d'usage :
classe