Espace pédagogique

Ressources de la formation Traites, esclavage et abolitions

Notes sur les interventions de Bernard Michon "Traites, esclavage et abolitions" et de Gaïd Andro "La Révolution française et la question de l’esclavage"

L’enseignement des questions socialement vives : "Enseigner les traites, l’esclavage et leurs abolitions" :
15 décembre 2025
Archives départementales 44

Crédit photo https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52515411r, Bibliothèque nationale de France (BnF, Paris) (Domaine public)
Moi libre aussi : [estampe] / Boizot del.t ; Darcis sculp.t
Darcis, Louis (17..-1801). Graveur

 

Formation QSV – Traites, esclavage et abolitions

Intervenant : Bernard Michon, maître de conférences en histoire moderne
Date : 15 décembre 2025

L’intervention de Bernard Michon s’inscrit dans une réflexion à la fois historiographique, pédagogique et civique sur les traites, l’esclavage et les abolitions, en lien étroit avec les programmes d’histoire et d’EMC du cycle 3 au lycée. Elle prend appui sur des enjeux contemporains de mémoire et de citoyenneté, notamment illustrés par la manifestation de juin 2020 à Nantes contre le racisme et les violences policières, dans le contexte du mouvement Black Lives Matter, organisée sur l’esplanade du mémorial de l’abolition de l’esclavage.

1. Des approches différenciées et une pluralité de ressources

Bernard Michon insiste sur la nécessité de varier les supports pédagogiques afin d’adapter les contenus aux niveaux scolaires et aux objectifs d’apprentissage. Parmi les ressources mobilisables, il distingue :

  • Les documentaires audiovisuels et radiophoniques, qui permettent une entrée sensible et contextualisée :
    • LSD – Esclavage (France Culture, 2025, 4 épisodes),
    • Le sucre, pour la douceur et pour le pire (Arte, 2025),
    • Les routes de l’esclavage (Arte, 2018, 4 épisodes).
  • Les œuvres de fiction, telles que Ni chaînes, ni maîtres (2024), utiles pour travailler les représentations, tout en nécessitant un accompagnement critique rigoureux.

Ces ressources offrent des angles d’approche complémentaires, favorisant la mise en perspective historique et la construction de l’esprit critique des élèves.

2. Une attention particulière portée à la terminologie

L’intervenant souligne l’importance du vocabulaire employé, tant dans la recherche que dans l’enseignement.

  • Les traites : les expressions « commerce triangulaire », « traite atlantique », « traite européenne » ou « traite occidentale » renvoient à des focales différentes. Le terme de « traite négrière » est discuté, de même que les expressions « traite des Noirs » ou « traite esclavagiste ». L’UNESCO privilégie l’expression slave trade (« commerce d’esclaves »), tandis que l’Atlas des esclavages invite à une approche plurielle.
  • L’esclavage : à partir des travaux d’Olivier Grenouilleau, l’esclavage est défini comme une situation de possession d’un être humain par un autre, caractérisant un individu réduit à l’utilité et à l’altérité radicale, qualifié d’« homme frontière ».
  • Les abolitions : elles constituent un processus long, conflictuel et non linéaire. Le cas français (1794, 1802, 1848) illustre ces ruptures. Le « siècle des abolitions » (fin XVIIIᵉ–fin XIXᵉ siècle) met également en lumière le rôle actif des personnes mises en esclavage dans leur propre émancipation.

3. Femmes et esclavage

Enfin, une attention spécifique est accordée à la question des femmes en esclavage, à partir notamment de l’ouvrage Pascoa, qui permet d’interroger les expériences genrées de l’esclavage et les rapports de domination multiples.

Cette intervention met en évidence la nécessité d’un enseignement rigoureux, nuancé et contextualisé, articulant savoirs historiques, enjeux mémoriels et formation du citoyen.

Formation QSV – La Révolution française et la question de l’esclavage

Intervenante : Gaïd Andro
Date : 15 décembre 2025

L’intervention de Gaïd Andro propose une analyse approfondie des liens complexes entre Révolution française, esclavage et colonisation, en insistant sur les notions de citoyenneté, de liberté et de nation, sans adopter de lecture moralisante des événements révolutionnaires.

1. Un contexte marqué par les contradictions des Lumières

À la veille de la Révolution française, la traite atlantique française connaît son apogée. Les idéaux des Lumières, étudiés notamment à travers les travaux d’Antoine Lilti, coexistent avec un système esclavagiste profondément enraciné. Le mouvement abolitionniste est alors pluriel : religieux, fondé sur le droit naturel ou encore motivé par des considérations économiques et commerciales.

La liberté est interrogée dans ses différentes acceptions : liberté naturelle et liberté politique. Dans ce cadre, les populations esclavisées sont exclues de la citoyenneté, car considérées comme juridiquement incapables d’être libres.

2. La Révolution française face à la question coloniale

La question coloniale constitue un problème majeur et complexe pour les révolutionnaires, influencé par la guerre d’indépendance américaine, les conflits internes au royaume et un contexte politique, économique et intellectuel en mutation. La Révolution ne porte pas de projet colonial cohérent : elle procède davantage par ajustements pragmatiques.

Trois grandes périodes sont distinguées :

  • 1789-1791 : enjeux de représentation politique et de citoyenneté des libres de couleur ;
  • 1792-1799 : question de l’abolition de l’esclavage et de l’unité républicaine ;
  • 1799-1815 : pragmatisme colonial de Napoléon.

Les colonies ne sont pas considérées comme partie intégrante du territoire national. Les colons blancs réclament une représentation politique, soutenus par certains patriotes, et obtiennent six représentants aux États généraux. Le lobby colonial, structuré autour d’un puissant comité colonial, exerce une influence déterminante, d’où le texte de Mirabeau publié dans le Courrier de Provence le 20 août 1789.

3. De la réforme à l’abolition, puis au rétablissement

La Constitution de 1791 entérine le préjugé de couleur et instaure des assemblées coloniales. La révolte des esclaves de Saint-Domingue bouleverse l’équilibre colonial et conduit les autorités révolutionnaires à s’appuyer sur les libres de couleur (décret du 4 avril 1792).

La proclamation de Sonthonax du 29 août 1793 précède la première abolition de l’esclavage, décrétée le 4 février 1794. Cependant, la Constitution de 1795 et la loi de 1798 ne stabilisent pas durablement la situation. En 1802, Napoléon rétablit l’esclavage, illustrant les tensions persistantes entre Lumières et esclavage, nation et empire, République et colonisation.

Cette intervention met en lumière une Révolution française traversée par des contradictions profondes, dont l’étude permet de comprendre la complexité des héritages politiques et coloniaux contemporains.

Information(s) pédagogique(s)

Niveau :
bac pro, 2nde professionnelle, --- LYCÉE PROFESSIONNEL ---
Type pédagogique :
connaissances
Public visé :
enseignant
Contexte d'usage :
espace documentaire
Référence aux programmes :
2nde Bac Pro