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discussions à visée philosophique en primaire : violence/non-violence
École primaire d'application Suzanne Busson - Le Mans (72)
Personnes ressources : Barthomeuf Catherine, professeur des écoles, maître formateur, Lamarre Jean-Marc, professeur IUFM (Le Mans).
Classe(s) concernée(s) : CE2.
Discipline(s) concernée(s) : Philosophie, éducation à la citoyenneté.
1. Contexte local
2. Genèse de l'action
Le petit quotidien du 9 novembre 2005 qui traite de la violence dans les villes donne l'occasion à ces seize garçons et dix filles de CE2 d'explorer les rapports de leur groupe. Bagarres, injures, agressivité, violences (faites aux femmes notamment), refus du travail de groupe... Il s'avère qu'une grande partie de ces enfants de CE2 a vécu une situation de rupture familiale.
Le travail proposé tourne autour de deux axes :
- faire évoluer les représentations des images que les élèves ont d'eux-mêmes (à la fois coupables et victimes des violences),
- promouvoir une éducation fondée sur le respect mutuel, la prévention des violences et l'exercice de la citoyenneté.
- Qui donne la parole ? Comment ? Qui dirige le débat ? Quelles décisions peut-on prendre ? Qui vote ? Qu'est-ce qu'un vote ?
3. Les dispositifs
Les débats de société, même chez de jeunes enfants, doivent permettre de faire un premier état de leurs savoirs, d'émettre des hypothèses, de les confronter, de saisir des sensibilités, de prendre du recul, de défendre leur point de vue, d'en changer, de prendre conscience du sens précis de certains mots. L'interrogation porte donc :
- sur les différentes progressions en fonction des différents problèmes de violence rencontrés dans cette classe,
- sur le rôle du président de séance qui peut reformuler,
- sur le rôle du maître qui peut aider l'élève à construire une pensée abstraite et à faire évoluer les représentations stéréotypées pour s'élever des cas particuliers à une réflexion plus universelle.
4. Démarche de l'équipe
La nécessité d'enseigner la maîtrise du discours en primaire et celle de permettre la réflexion s'accordaient avec les débats à visée philosophique, mais se posait le problème d'adapter les sujets à l'âge des élèves et de définir les compétences à acquérir.
Le thème de la violence (physique ou morale) était retenu car il s'appuyait sur le quotidien des élèves. Les livres de Brigitte Labbé et de Michel Puech : Les goûters philo aux éditions Milan, Silence la violence !, de Sylvie Girardet et Puig Rosado, Hatier... et d'autres livres (voir la bibliographie) constituaient un bon support de départ.
L'objectif des futures séances est :
- d'aider les élèves à se construire un concept sur la non-violence en tenant compte des compétences acquises en parallèle lors des débats (prises de paroles, écoute de l'autre...),
- d'enrichir la langue (vocabulaire, syntaxe),
- de développer le langage de communication et d'évocation des problèmes.
"Que s'est-il passé pendant la récréation, à la cantine ? Pourquoi en êtes-vous arrivés là ? Pourquoi avez-vous continué dans le couloir ?".
Quelques éléments de réponse
"Apparemment, des enfants se sont bousculés, d'autres n'étaient pas d'accord pour le jeu...".
"Les bagarres ne s'arrêtent pas puisque des enfants veulent continuer avec l'idée de vengeance".
"Surtout deux enfants qui sont les principaux bagarreurs ; un étant considéré comme méchant".
Dans le couloir, les enfants sont "entassés", ils se doublent pour être les premiers à entrer dans la classe, ils profitent du fait que je sois derrière les derniers élèves (48 élèves dans le couloir)".
Des enfants ont émis des idées pour résoudre les conflits
- Prévoir un médiateur
- Répartir davantage les responsabilités dans la classe
- Proposer des sanctions
- Donner des idées pour être plus calme personnellement
- Préparation d'un tableau des responsabilités : service (distribution ou rangement des cahiers, des livres, des feuilles), cantine (noms des élèves mangeant à la cantine), rangs et classe (se maintenir dans les rangs et garder le silence jusqu'à l'entrée en classe), tableau (à nettoyer le soir), livres (prêt).
Deux élèves sont responsables pour que les autres élèves de la classe se rangent bien à la fin de la récréation, rentrent sans bruit et sans dispute dans le couloir, rentrent en classe dans le calme pour se mettre rapidement et efficacement au travail.
4.2 Deuxième débat
On aborde le concept-même de violence par des questions :
- Comment devient-on violent ?
- Pourquoi devient-on violent ?
- À quoi sert dêtre violent ?
- Quelles sont les formes de violence que vous avez vues ou dont vous avez entendu parler ?
- violences physiques : bagarres, coups (bleus, blessures...) et on va vers les problèmes de banlieues, vers la guerre ou les violences sexuelles.
- violences morales : problèmes de séparation ou de divorce, racisme, conflit parent/enfant.
Quelques éléments de réponse
"On s'insulte, on se bagarre, on fait mal apparemment intentionnellement, et sans s'excuser"
"On profite de ne pas être vu pour être méchant."
Alors...
"Vengeance, circuit vicieux de la violence... comment arrêter ?"
- Se calmer et parler entre nous.
Formes de violence :
- physiques : bagarres, coups de pied ou de poing, morsures, problèmes de banlieues, de guerre, de violences sexuelles,
- morales : insultes, vols.
Constat à la fin du mois de janvier
- Des progrès sur la cour de récréation grâce au médiateur. Les élèves apprécient des récréations sans bagarre, l'espace est suffisamment grand pour s'éviter.
- Aucun progrès dans le couloir, "on est trop les uns sur les autres, on n'écoute pas les deux responsables".
- Nécessité de faire un bilan avec la classe, en fin de semaine, concernant le rôle du médiateur et des deux responsables des rangs.
4.3 Troisième débat
"Peut-on éviter la violence ? Peut-elle être cadrée ?"
On fait la liste des possibilités :
- Discussion, connaissance de l'autre, acceptation des différences...
- Analyse des situations vécues pendant les récréations et dans les couloirs.
4.4 Quatrième débat
Travail de groupe, puis débat argumentatif sur les réflexions de chaque groupe.
Problèmes des enfants de parents séparés ou divorcés, lecture du livre : Les deux maisons de Petit-Blaireau, puis débat sur l'acceptation de la séparation, l'amélioration de la vie (voir les côtés positifs et diminuer les côtés négatifs pour le garçon de la classe), témoignages des autres enfants dans ce cas-là.
Prévention vis-à-vis des comportements étranges d'inconnus ou de personnes connues (violences sexuelles), visionnage de la cassette vidéo puis débats, lectures...
5. bibliographie
Ouvrages généraux concernant la violence
La violence et la non-violence, Brigitte Labbé et Michel Puech, Milan, Les goûters philo.
Albums, journaux et romans littérature jeunesse
- Max se bagarre, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligramm, Ainsi va la vie
- Silence, la violence, Sylvie Girardot et Puig Rosado, Hatier jeunesse, Citoyens en herbe
- Le petit livre pour dire non à la violence, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Bayard poche, Astrapi
- Le Petit quotidien 5 questions sur les violences dans les villes, n° 1885 du 09/10/ 05
- Les deux maisons de Petit-Blaireau, Marie-Hélène Delval, Bayard poche, Les belles histoires
- Lili a été suivie, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligramm, Ainsi va la vie
- J'ai peur du monsieur, Virginie Dumont, Actes sud junior
- Qui s'y frotte s'y pique, Marie-France Botte et Pascal Lemaître, L'archipel
- Mon corps, c'est mon corps, cassette vidéo canadienne.
- Faire de la philosophie à l'école élémentaire, de Anne Lalanne, éditions ESF
- Enseigner par le débat, de Oscar Brenifier, éditions CRDP de Bretagne
- Antimanuel de philosophie de Michel Onfray
- Pratiquer la philosophie à l'école, de Françoise Galichet, Nathan
- Nouveaux Programmes de l'École Primaire 2002
- La violence BOEN hors série n° 11 du 15/11/99
- Les violences sexuelles BOEN n° 12 du 12/03/2001
- Un guide sur les maltraitances et violences sexuelles
- Recensement des actes de violence en 2002/200