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Différencier et personnaliser avec le numérique en favorisant l’inclusion et l’accessibilité
Expérimenter l’intelligence artificielle comme levier d’étayage et d’accessibilité
TraAM Premier degré 2025-2026 : Dans le cadre des Travaux Académiques Mutualisés (TraAM) 2025-2026, l’académie de Nantes a engagé une expérimentation autour de l’usage raisonné de l’intelligence artificielle au service de l’accessibilité et de la différenciation pédagogique dans le premier degré. Porté conjointement par la DRANE et des équipes de terrain de Loire-Atlantique (44), ce projet interroge la manière dont les outils d’IA peuvent accompagner les apprentissages sans se substituer à l’activité cognitive des élèves ni à l’action pédagogique de l’enseignant.
Une problématique nationale au cœur des enjeux d’inclusion
La thématique nationale retenue pour les TraAM Premier degré est la suivante : « Différencier et personnaliser avec le numérique en favorisant l’inclusion et l’accessibilité ».Le numérique peut aujourd’hui permettre :
• d’adapter les supports,
• de varier les modalités d’accès aux apprentissages,
• de soutenir les élèves à besoins particuliers,
• de favoriser l’autonomie et l’engagement.
L’expérimentation menée dans l’académie de Nantes s’inscrit pleinement dans cette réflexion, avec une question centrale : Comment l’intelligence artificielle peut-elle devenir un outil d’étayage au service de la compréhension, de la différenciation et de l’accessibilité ?
La genèse du projet
Une première rencontre à distance des formateurs, en début d’année scolaire, a permis de définir les contours du projet et d’identifier plusieurs axes de réflexion autour :• de l’accessibilité des supports pédagogiques,
• de la Conception Universelle des Apprentissages (CUA),
• et des usages pédagogiques possibles de l’intelligence artificielle.
Une journée de travail en présentiel de l’équipe projet organisée en octobre a ensuite permis d’approfondir les principes liés à l’accessibilité, de tester plusieurs outils d’IA, de formaliser les premières hypothèses de travail. Très rapidement, les échanges ont mis en évidence deux enjeux majeurs :
• rendre les supports pédagogiques plus accessibles,
• accompagner la compréhension des élèves dans les situations de résolution de problèmes et de lecture.
Une attention particulière a également été portée au choix des outils utilisés, avec la volonté de privilégier des solutions respectueuses du cadre institutionnel et limitant le recours aux environnements propriétaires.
Une équipe pluridisciplinaire et des classes engagées
Le projet repose sur un travail collaboratif associant des conseillers pédagogiques, des formateurs, deux ERUN, la DRANE, ainsi que des enseignants engagés dans l’expérimentation.Deux classes test ont été mobilisées :
• deux classes mobilisées par la question de l’accessibilité des supports,
• deux classes travaillant plus particulièrement autour de l’usage d’un chatbot pédagogique.
Les enseignants participants ont bénéficié d’une journée de formation dédiée à l’accessibilité et à l’IA, de temps réguliers de régulation, d’un accompagnement dans la construction des séquences.
Deux hypothèses de travail complémentaires
Le projet s’est structuré autour de deux hypothèses.Hypothèse 1
Utiliser l’IA pour rendre les supports accessiblesCette première hypothèse vise à étudier comment l’intelligence artificielle peut aider les enseignants :
• à adapter des documents existants,
• à produire de nouveaux supports accessibles,
• à mieux différencier les apprentissages.
Deux projets distincts ont été expérimentés :
• Projet A : adaptation de documents déjà existants ;
• Projet B : génération de nouveaux documents conçus dès l’origine pour être accessibles.
Les travaux s’appuient sur les principes de la CUA :
• clarification des consignes,
• structuration des informations,
• réduction de la charge cognitive,
• diversification des modalités de représentation.
Hypothèse 2
Utiliser un chatbot comme outil d’étayage de la compréhensionLa seconde hypothèse porte sur l’usage d’un chatbot pédagogique dans des situations de résolution de problèmes.
L’outil testé, conçu à partir de la plateforme « Un cours, un bot », a été paramétré pour agir comme un tuteur :
• reformuler les énoncés,
• expliciter le vocabulaire,
• guider la compréhension,
• accompagner la réflexion sans donner directement la réponse.
Le chatbot a été conçu pour adopter une posture proche de celle d’un enseignant :
• questionnement progressif,
• reformulation,
• guidage étape par étape,
• vérification de la compréhension.
Un calendrier progressif d’expérimentation
Le projet s’est déroulé en plusieurs étapes :- Octobre : cadrage de la problématique, tests des premiers outils, définition des hypothèses.
- Novembre : formation des enseignants, accessibilité et CUA, principes de base de l’IA, usages pédagogiques possibles.
- Décembre : bilan intermédiaire, choix de l’outil chatbot, réflexion sur le paramétrage pédagogique.
- Janvier : séance spécifique sur le paramétrage du bot, rôle du chatbot, niveau de guidage, limites à poser.
- Mars – Avril : construction des scénarios pédagogiques et expérimentation dans les classes.
- Avril – Juin : observations, analyses, recueil de données, formalisation des résultats.
Une méthodologie fondée sur l’observation et l’analyse des usages
L’expérimentation a été conduite selon une méthodologie progressive.Pour l'accessibilité des supports, des corrections progressives ont été apportées aux supports des enseignantes, par appropriation successives (voir les évolutions dans le document ressource).
Par touches, une attention a été portée sur la mise en page, les consignes, les polices, les tailles de polices, les contrastes, la structure du document et la clarification des consignes (décomposition des consignes complexes).
Concernant le chatbot, plusieurs séances ont été organisées en APC, puis en ateliers dans la classe, avant une phase d’évaluation. Les élèves étaient invités à commencer la résolution seuls, puis à solliciter le chatbot en cas de blocage.
Des grilles d’observation ont permis d’analyser les interactions élèves–IA, les stratégies mobilisées, les effets sur la compréhension, l’autonomie, les limites rencontrées.
Des entretiens d’explicitation avec les élèves et les enseignants ont également été menés afin de mieux comprendre ce qui aide réellement les élèves, les obstacles rencontrés, les effets des reformulations et des aides proposées.
Des résultats contrastés mais riches d’enseignements
Hypothèse 1 : Accessibilité des supports
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Les retours des élèves lors de la série d'entretiens se positionnent en faveur du document adapté dans sa dernière version, la plus aboutie. Celui-ci est aéré, structuré, tant sur la forme que sur le fond, ou sur la consigne. Majoritairement, les élèves le trouvent plus lisible. Il le juge plus facile pour se repérer sur l'espace de la feuille et comprendre. Le contraste et la segmentation des consigne fluidifient la lecture et la relecture.
Certains élèves ont émis des réserves sur le format portrait et la manipulation d'un support trop long.
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Les enseignantes reconnaissent la séance comme globalement réussie. Elles insistent sur la nécessité d’une meilleure planification, de la clarification des consignes, une mise en forme plus aérée et adaptée pour soutenir efficacement les élèves.
Au delà du support, adapté pour tous et chacun, une aide supplémentaire ne relevant pas de l'accessibilité du support ("coup de pouce") peut être anticipée pour les élèves les plus en difficultés.
Hypothèse 2 : Usages du chatbot pour soutenir la compréhension
L’expérimentation met en évidence des usages très différents selon les profils d’élèves.
- Des effets positifs clairement identifiés :
Chez plusieurs élèves, la reformulation du problème a permis une meilleure compréhension, une reprise autonome de la résolution, une clarification des implicites.
Les représentations visuelles et les schématisations se sont révélées particulièrement aidantes pour certains élèves en difficulté, et aussi bloquantes quand le modèle interprétait la représentation des élèves de manière erronée.
- Des limites importantes :
Ainsi, les observations montrent que l’efficacité du chatbot dépend fortement du niveau d’autonomie de l’élève, de ses compétences langagières, ou de sa capacité à entrer dans une interaction réflexive avec le modèle de langage. En effet, l’analyse des observations fait émerger plusieurs profils. Le chatbot semble particulièrement pertinent pour des élèves autonomes, capables d’identifier un blocage et d’utiliser l’outil comme levier ponctuel de compréhension. Chez ces élèves particulièremet, le chatbot agit comme un outil de structuration, de reformulation et de validation réflexive. À l’inverse, pour les élèves les plus en difficulté, l’outil montre rapidement ses limites sans médiation humaine forte.
- Une place centrale maintenue pour l’enseignant :