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Les 24 h du code : 24 heures au lycée pour changer le rythme et la temporalité des apprentissages
“Les 24h du code”, un nom qui semble renvoyer à une soirée étudiante ou à une enquête policière mais qui fait en réalité référence à un challenge de programmation informatique organisé dans un lycée polyvalent de Chemillé (Maine-et-Loire). Comment en réorganisant et modifiant le temps scolaire et les modalités et rythmes d’apprentissage autour d’un projet disciplinaire sur 24 heures peut-on développer à la fois des compétences disciplinaires et psychosociales ?
L’objectif premier du projet est “de pousser nos élèves de bac technologique à mobiliser et développer leurs compétences informatiques, en particulier de programmation”. Lors de la première édition en 2023, les élèves se répartissent en neuf groupes de cinq élèves, chacun se choisissant un nom de groupe. Les “tableaux véléda du 49” vont ainsi affronter “les Gigabytes” et autres “Error 404” par exemple. Les élèves sont libres de constituer les groupes comme ils le souhaitent, les élèves ont fait le choix de ne pas se mélanger entre Bac technologique et BTS.
Concernant l’organisation logistique de cette nuit de codage, les parents sont informés en amont par un courrier et quelques échanges téléphoniques au besoin, notamment pour “quelques familles qui ont dû être rassurées quant à la séparation filles-garçons pour la nuit, et quant à la prise des médicaments (pour des élèves sous traitement)”, précise V. Forget. Le projet est validé par le CA. Cela se fait sans difficulté, notamment parce qu’il n’a qu’un impact financier marginal : en effet seul le petit déjeuner est offert par l’établissement, les petits cadeaux (200 euros environ) étant payés par la MDL (Maison des lycéens). Le DDFPT (Directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques) F. Moizeau veille sur la logistique et le respect des règles de vie et d’utilisation des salles et équipements du lycée. Le projet mobilise aussi à minima les agents, notamment au moment du petit déjeuner pour environ 45 personnes le matin.
“Les 24h du code” se construisent autour de deux projets : le premier consiste à développer une plateforme web intégrant un moteur de recherche et le second projet est construit sur une variante d’un jeu célèbre, où deux joueurs s’affrontent sur une grille de 7 colonnes et 6 lignes dans le but d’aligner quatre pions d’une même couleur horizontalement, verticalement ou en diagonale.
D’un point de vue pédagogique, l’évènement se déroule au mois de mai 2023 : choix dicté d’une part par le désir de positionner le projet après les épreuves de spécialités du bac (qui avaient alors lieu en mars), et d’autre part par la nécessité d’avoir étudié en amont le langage Python (langage de programmation) nécessaire pour la première épreuve. Les deux enseignants restent en continu au lycée avec le DDFPT durant les 24 heures. D’autres enseignants passent un moment, pour la plupart durant l’heure où ils ont habituellement l’une des classes en cours ces jours-là. Durant leur travail, les élèves ont droit à un coup de pouce par heure de la part des encadrants. Il n’y a pas eu de décomptes des coups de pouce mais tous les groupes en ont bénéficié à un moment ou à un autre. Pour le reste, V. Forget explique qu’il y a eu une forme de répartition des tâches entre les deux enseignants : M. Hanna accompagne et aide les groupes qui le sollicitent pour des questions informatiques. V. Forget se concentre davantage sur l’observation de l’implication personnelle des élèves, sur l’organisation et le travail des groupes, ainsi que sur l’évaluation et la notation.
Puisqu’il s’agit d’un concours, ces projets donnent lieu à une évaluation, sous forme de points, et à un classement. Le choix a été fait de ne pas mettre de notes intégrées aux moyennes de classe afin de maintenir l’aspect ludique, de défi et de concours de cette journée, sans transformer l’épreuve en “24h de stress” qu’auraient pu provoquer chez certains la présence d’une notation. Comme dans un concours, chaque équipe se donne un nom, et l’humour et l’imagination ne manquent pas aux élèves. Les deux équipes en tête du concours étaient ainsi les “h@ck3ur$” et les “error 404”... Chacune des deux épreuves est évaluée sur 50 points, 40 points pour l’équipe et 10 points sur l’implication personnelle. Un bonus-malus de ± 5 points peut se rajouter. La plupart des équipes ont ainsi gagné 5 points pour des motifs aussi variés que “bonus mixité”, “ténacité/jeu”, “gâteau d’anniversaire” ou “rapidité/douche/mauvais goût”, un seul malus étant donné pour “non fair-play”. Enfin de petits lots sont remis aux vainqueurs (bon d’achat Cultura essentiellement). Les élèves repartent ravis : ainsi, une évaluation faite avec plus de la moitié des lycéens ayant participé l’an dernier ne recense que des avis positifs insistant sur “une très belle expérience de travail en groupe”, “une très bonne ambiance”, “une occasion de s’amuser tout en apprenant des choses”, et même “une opportunité de développer une autonomie sur des projets inédits, qui nous poussent à nous dépasser mais aussi à apprendre“.
Cette année scolaire 23-24, M. Hanna étant parti en Mayenne, le concours a été reconduit sur les deux lycées (lycée de l’Hyrôme et lycée Réaumur de Laval) mais à distance, chacun dans son établissement. V. Forget, toujours enthousiaste sur ce projet, souligne tout de même quelques conditions pour que ce genre d’initiative réussisse et puisse porter des fruits, tant humainement que pédagogiquement : d’abord un chef d’établissement soutenant, la présence durant les 24 heures d’un personnel administratif pour gérer et contrôler tous les aspects logistiques et réglementaires, et enfin des enseignants motivés. Les deux enseignants, le DDFPT et la CPE s’engagent dans le projet en sachant dès le départ, que l’enveloppe d’HSE (heures supplémentaires effectives) ne permettra pas la rémunération de toutes les heures réalisées. Le reliquat d’HSE en fin d’année permet donc une reconnaissance symbolique de l’engagement des encadrants. À partir de là, sur ce concept de 24 h et de défi-course d’équipe en clin d’œil à la célèbre épreuve motorisée du Mans, on peut imaginer des variantes sur le même modèle selon les spécialités et formations des élèves (24 heures de lecture, 24 heures de sport...), au lycée notamment où les élèves sont plus âgés et autonomes.
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La revue Échanger a déjà produit deux numéros sur le temps à dix ans d'intervalle, en 1998 puis, plus récemment en 2008. Ces deux numéros restent d'une grande actualité. Ils relatent, c'était incontournable, des initiatives contribuant à la construction dans les différentes disciplines de la notion de temps en tant qu'"objet d'apprentissage". Mais ils se font également l'écho d'aménagements expérimentés pour que le temps imposé soit mieux vécu, plus efficacement et plus sereinement. C'est ainsi que l'article "un temps scolaire adapté à l'élève : une utopie ?", rédigé en 1998, posait déjà le cadre du débat actuel sur les rythmes scolaires.