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Textes philosophiques : Le travail et la technique
Le travail et la technique :
Texte n° 1 :
Cela revient à dire que le produit du travail vient s'opposer au travail comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur. Le produit du travail est le travail qui s'est fixé, matérialisé dans un objet, il est la transformation du travail en objet, matérialisation du travail. La réalisation du travail est sa matérialisation.
Dans les conditions de l'économie politique, cette réalisation du travail apparaît comme la déperdition de l'ouvrier, la matérialisation comme perte et servitude matérielles, l'appropriation comme aliénation, comme dépouillement. (...) Toutes ces conséquences découlent d'un seul fait : l'ouvrier se trouve devant le produit de son travail dans le même rapport qu'avec un objet étranger. Cela posé, il est évident que plus l'ouvrier se dépense dans son travail, plus le monde étranger, le monde des objets qu'il crée en face de lui devient puissant, et que plus il s'appauvrit lui-même, plus son monde intérieur devient pauvre, moins il possède en propre. C'est exactement comme dans la religion. Plus l'homme place en Dieu, moins il conserve en lui-même. L'ouvrier met sa vie dans l'objet, et voilà qu'elle ne lui appartient plus, elle est à l'objet. Plus cette activité est grande, plus l'ouvrier est sans objet. Il n'est pas ce qu'est le produit de son travail.
Plus son produit est important, moins il est lui-même. La dépossession de l'ouvrier au profit de son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, étranger à lui, et qu'il devient une puissance autonome face à lui. La vie qu'il a prêtée à l'objet s'oppose à lui, hostile et étrangère.
Marx, Manuscrits de 1844.
Texte n° 2 :
Hegel, La Phénoménologie de l'Esprit (1807).
Texte n° 3 :
Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, I, Ch. LV, Pléiade p. 497.
Texte n° 4 :
L'école et le travail intellectuel
L'école traditionnelle a été oligarchique parce que destinée à la nouvelle génération des groupes dirigeants, appelée à son tour à devenir dirigeante. Mais elle n'était pas oligarchique par son mode d'enseignement. Ce n'est pas l'acquisition de capacités de direction, ce n'est pas la tendance à former des hommes supérieurs, qui confère son empreinte sociale à un type d'enseignement. La marque sociale est donnée par le fait que chaque groupe social a son propre type d'école, ayant pour but de perpétuer dans ces couches une fonction traditionnelle déterminée, de direction ou d'exécution. Si on veut briser cette trame, il convient donc de ne pas multiplier et de ne pas graduer les types d'écoles professionnelles, mais de créer un type unique d'écoles préparatoires (élémentaires - 1er cycle du secondaire) qui conduisent le jeune enfant jusqu'au seuil du choix professionnel, tout en le formant entre-temps comme une personne capable de penser, d'étudier, de diriger ou de contrôler ceux qui dirigent.
La multiplication des types d'écoles professionnelles tend donc à pérenniser les différences traditionnelles.
Il.-L'enfant qui se donne du mal avec les barbara, baralipton, se fatigue certes, et il faut faire en sorte qu'il se fatigue juste ce qu'il faut et pas plus. Mais il est tout aussi certain qu'il devra toujours se fetiguer pour apprendre, à se contraindre à des privations, à des limitations de mouvements physiques, c'est-à-dire à se soumettre à un apprentissage psycho- physique. Il faut persuader beaucoup de gens que même les études sont un métier, très pénible, avec son apprentissage spécial, non seulement intellectuel mais aussi musculaire- nerveux, un processus d'adaptation, une habitude acquise par l'effort, I'ennui et même la souffrance. La participation de masses plus larges à l'école secondaire amène avec elle la tendance au relâchement de la discipline des études, à la demande de « facilités ».. Beaucoup pensent même que les difficultés sont artificielles, parce qu'ils sont habitués à considérer que travail et fatigue sont le lot du seul travail manuel. Le problème est complexe. Certes, l'enfant d'une famille traditionnelle d'intellectuels surmonte plus facilement le processus d'adaptation psycho-physique ; en entrant pour la première fois en classe, il a déjà plusieurs longueurs d'avance sur ses camarades, il a une orientation déjà acquise par les habitudes familiales : il se concentre avec plus de facilités parce qu'il a l'habitude de bien se tenir, etc. De la même manière, un fils d'ouvriers de la ville souffre moins en entrant à l'usine qu'un fils de paysan ou qu'un jeune paysan déjà formé pour la vie rurale. Le régime alimentaire lui-même a une importance, etc., etc. Voilà pourquoi beaucoup de gens du peuple pensent que dans la difficulté des études il doit y avoir un « truc » qui fonctionne à leurs dépens (quand ils ne pensent pas être stupides par nature). Ils voient le « monsieur » (et pour beaucoup, dans les campagnes parti culièrement monsieur veut dire intellectuel) accomplir avec aisance et une apparente facilité le travail qui coûte des larmes et du sang à leurs enfants, et ils pensent qu'il y a là un « truc » .. Dans une nouvelle situation ces problèmes peuvent devenir très aigus et il faudra résister à la tendance à rendre facile ce qui ne peut l'être sans être dénaturé. Si on veut à l'avenir créer une nouvelle couche d'intellectuels, jusqu'aux plus spécialisés, à partir d'un groupe social qui n'en a pas traditionnellement développé les aptitudes adéquates il y aura des difficultés sans précèdent à surmonter.
Gramsci, Les cahiers de prison, éd. Gallimard, in Éd. Média, conceptions du monde, la pratique et les fins, p. 29.
Texte n° 5 :
L'institution de l'esclavage dans l'antiquité, au début du moins, ne fut ni un moyen de se procurer de la main-d'oeuvre à bon marché ni un instrument d'exploitation en vue de faire des bénéfices ; ce fut plutôt une tentative pour éliminer des conditions de la vie le travail. Ce que les hommes partagent avec les autres animaux, on ne le considérait pas comme humain. (C'était d'ailleurs aussi la raison de la théorie grecque, si mal comprise, de la nature non humaine de l'esclave. Aristote, qui exposa si explicitement cette théorie et qui, sur son lit de mort, libéra ses esclaves, était sans doute moins inconséquent que les modernes n'ont tendance à le croire. Il ne niait pas que l'esclave fût capable d'être humain ; il refusait de donner le nom d' »hommes » aux membres de l'espèce humaine tant qu'ils étaient totalement soumis à la nécessité.) Et il est vrai que l'emploi du mot « animal » dans le concept d'animal laborans, par opposition à l'emploi très discutable du même mot dans l'expression animal rationale, est pleinement justifié. L'animal laborans n'est, en effet, qu'une espèce, la plus haute si l'on veut, parmi les espèces animales qui peuplent la terre.
Arendt, Condition de l'homme moderne, Paris, Ed. Calmann-Lévy, 1961, pp 95-96, Pocket, 1961, p. 127 - 128.
Texte n° 6 :
Bergson, De la position des problèmes, philosophie et conversation, pp. 88-89.
Texte n° 7 :
Nietzsche, Le Gai Savoir, I, § 42, Travail et ennui.
Texte n° 8 :
Les apologistes du travail
Nietzsche, Aurore, livre III, § 173, Les apologistes du travail.
Texte n° 9 :
Il est inconcevable à quel point l'homme est naturellement paresseux. Ondirait qu'il ne vit que pour dormir, végéter, rester immobile ; à peinepeut-il se résoudre à se donner les mouvements nécessaires pours'empêcher de mourir de faim. Rien ne maintient tant les sauvages dansl'amour de leur état que cette délicieuse indolence. Les passions quirendent l'homme inquiet, prévoyant, actif, ne naissent que dans lasociété. Ne rien faire est la première et la plus forte passion del'homme après celle de se conserver. Si l'on y regardait bien, l'onverrait que, même parmi nous, c'est pour parvenir au repos que chacuntravaille : c'est encore la paresse qui nous rend laborieux.
Rousseau, Essai sur l'origine des langues.
Texte n° 10 :
Lepuritain voulait être un homme besogneux - et nous sommes forcés del'être. Car lorsque l'ascétisme se trouva transféré de la cellule desmoines dans la vie professionnelle et qu'il commença à dominer lamoralité séculière(5), ce fut pour participer à l'édification du cosmosprodigieux de l'ordre économique moderne. Ordre lié aux conditionstechniques et économiques de la production mécanique et machiniste quidétermine, avec une force irrésistible, le style de vie de l'ensembledes individus nés dans ce mécanisme - et pas seulement de ceux queconcerne directement l'acquisition économique. Peut-être ledéterminera-t-il jusqu'à ce que la dernière tonne de carburant fossileait achevé de se consumer. Selon les vues de Baxter(6), le souci desbiens extérieurs ne devait peser sur les épaules de ses saints qu'à lafaçon d'«un léger manteau qu'à chaque instant l'on peut rejeter». Maisla fatalité a transformé ce manteau en une cage d'acier.
Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1920, Plon 1964 p. 248 250.
Texte n° 11 :
Ainsi la valeur d'une denréequelconque pour celui qui la possède, et qui n'entend pas en user ou laconsommer lui-même, mais qui a l'intention de l'échanger pour autrechose, est égale à la quantité de travail que cette denrée le met enétat d'acheter ou de commander.
Le travail est doncla mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise (....).Elles [les marchandises] contiennent la valeur d'une certaine quantitéde travail, que nous échangeons pour ce qui est supposé alors contenirla valeur d'une quantité égale de travail. Le travail a été le premierprix, la monnaie payée pour l'achat primitif de toutes choses. Ce n'estpoint avec de l'or ou de l'argent, c'est avec du travail, que toutesles richesses du monde ont été achetées originairement, et leur valeurpour ceux qui les possèdent et qui cherchent à les échanger contre denouvelles productions, est précisément égale à la quantité de travailqu'elles le mettent en état d'acheter ou de commander.
Smith, Recherches sur la nature et sur les causes de la richesse des nations, CH. 4 - 5, Gallimard Idées, p. 60-62.
Texte n° 12 :
Ces rapports sociaux qui lient les producteurs les uns aux autres, les conditions dans lesquelles ils échangent leurs activités et participent à l'ensemble de la production, diffèrent naturellement suivant le caractère des moyens de production. Avec l'invention d'un nouvel engin de guerre, l'arme à feu, toute l'organisation interne de l'armée s'estnécessairement trouvée modifiée les conditions dans lesquelles des individus composent une armée et peuvent agir en tant qu'armée, ont été transformées ; il en va de même pour les rapports des diverses armées entre elles.
C'est dire que les rapports sociaux suivant lesquels les individus produisent, les rapports sociaux de production, changent et se transforment avec l'évolution et le développement des moyens matériels de production, des forces productives. Les rapports de production, pris dans leur totalité,constituent ce que l'on nomme les rapports sociaux, et notamment une société parvenue à un stade d'évolution historique déterminé, une société particulière et bien caractérisée. La société antique, la société féodale, la société bourgeoise sont de tels ensembles de rapports de production, dont chacun désigne un stade particulier de l'évolution historique de l'humanité.
Marx, Travail salarié et capital, Pléiade, T. 1, p. 212.
Texte n° 13 :
D'abord,dans le fait que le travail est extérieur à l'ouvrier, c'est-à-direqu'il n'appartient pas à son être ; que, dans son travail, l'ouvrier nes'affirme pas, mais se nie ; qu'il ne s'y sent pas satisfait, maismalheureux ; qu'il n'y déploie pas une libre énergie physique etintellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C'estpourquoi l'ouvrier n'a le sentiment d'être à soi qu'en dehors dutravail ; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est luiquand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n'est pas lui. Sontravail n'est pas volontaire, mais contraint. Travail forcé, il n'estpas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfairedes besoins en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaîtnettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contraintephysique ou autre, on fuit le travail comme la peste. Le travailaliéné, le travail dans lequel l'homme se dépossède, est sacrifice desoi, mortification. Enfin, l'ouvrier ressent la nature extérieure dutravail par le fait qu'il n'est pas son bien propre, mais celui d'unautre, qu'il ne lui appartient pas ; que dans le travail l'ouvrier nes'appartient pas à lui-même, mais à un autre. Dans la religion,l'activité propre à l'imagination, au cerveau, au coeur humain, opèresur l'individu indépendamment de lui, c'est-à-dire comme une activitéétrangère, divine ou diabolique. De même l'activité de l'ouvrier n'estpas son activité propre, elle appartient à un autre, elle estdéperdition de soi-même.
On en vient donc à cerésultat que l'homme (l'ouvrier) n'a de spontanéité que dans sesfonctions animales : le manger, le boire et la procréation, peut-êtreencore dans l'habitat, la parure, etc., et que, dans ses fonctionshumaines, il ne se sent plus qu'animalité : ce qui est animal devienthumain, et ce qui est humain devient animal.
Sansdoute, manger, boire, procréer, etc., sont aussi des fonctionsauthentiquement humaines. Toutefois, séparées de l'ensemble desactivités humaines, érigées en fins dernières et exclusives, ce ne sontplus que des fonctions animales.
Marx, Économie et philosophie, Ébauche d'une critique de l'économie politique,Le travail aliéné, Pléiade, T. II p. 61.
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